Port-Royal, l’esprit de résistance

Du XIIe au XVIe siècle, Port-Royal fut une abbaye féminine sans histoire, située en Vallée de Chevreuse, près de Magny-les-Hameaux, aux abords de l’actuelle ville nouvelle de Saint-Quentin-en Yvelines. On peut aujourd’hui en visiter les ruines, miraculeusement épargnées jusqu’ici par l’urbanisation galopante qui dévore les environs.

Comment cette maison religieuse auparavant si tranquille devint-elle, au XVIIe  siècle, l’un des plus importants centres d’opposition au pouvoir de Richelieu, de Mazarin puis de Louis XIV? Pourquoi des  femmes catholiques vouées au silence, aidées de quelques-une de leurs amis, ont-elles été amenées à affronter  également le pouvoir  de plus en plus autoritaire de Rome et du Pape?

Et surtout, comment des moniales cloîtrées ont-elles pu occuper le cœur d’un foyer spirituel et intellectuel propre à rayonner sur la pensée, les arts et la littérature, dans une période qui fut l’une des plus brillantes qu’ait connues la France?

Retracer l’histoire de Port-Royal, c’est écrire une page essentielle de l’histoire du féminisme en France, aux plans religieux et politiques mais aussi culturels, littéraires et artistiques. Pour ces intellectuelles de premier plan que furent Jacqueline Arnauld, Jacqueline Pascal ou Angélique de Saint-Jean, nul doute: prendre le voile, c’était choisir la liberté. C’était pouvoir étudier, écrire et enseigner. C’était aussi revendiquer les droits de la conscience à affirmer sa foi et ses valeurs.

Mais les femmes qui pensent sont dangereuses. Aussi les pouvoirs civil et ecclésiastique entreprirent-ils les soumettre. On les accusa d’hérésie et d’insubordination. Elles connurent les calomnies, les privations, les vexations, la prison et l’exil loin de leur abbaye. Elles subirent les exactions des policiers, et la vindicte des évêques.

Rien n’y fit. Rien ne fit fléchir ces résistantes. Et si elles finirent par succomber sous les coups de leurs puissants adversaires, elles triomphèrent néanmoins, par-delà l’échec et la mort. Jamais leur mémoire n’a pu être occultée. Ni la persécution de Louis XIV, qui fit détruire leur abbaye et disperser leurs cendres. Ni l’obscurantisme de l’Église catholique, qui s’emploie jusqu’à nos jours à salir leur image: « sept fois démones! » s’exclamait  à leur sujet le pape François, en 2022, damnant en pleine curie, et sans craindre le ridicule, ces quelques femmes qui osèrent, il y a quatre siècles, défier son magistère et le dogmatisme de l’Église.

C’est la mémoire de ces femmes, et de ces hommes qui furent leurs alliés, que nous nous proposons ici de faire revivre. Le site « Port-Royal, entre ombres et lumières. Histoire, art et littérature dans la France du XVIIe siècle » est rattaché au « Collège XVII-XVIII » du laboratoire CEREdI (Centre de recherche Editer-Interpréter, Université de Rouen Normandie, UR 3229).

Ce site constitue non seulement une invitation à découvrir la vie et les œuvres des individus qui marquèrent l’histoire de Port-Royal, mais aussi un portail destiné à rassembler les activités du laboratoire liées à ce foyer intellectuel. Les colloques et publications concernant la réception de Pascal et Racine depuis le XVIIe siècle constituent la principale contribution du CEREdI à l’histoire et à la connaissance de Port-Royal, mais le centre soutient également des travaux sur la dévotion et l’augustinisme à l’époque moderne qui accordent à Port-Royal une place importante. Une section Actualités permet aussi de recenser les événements et ouvrages concernant l’abbaye, en particulier dans sa dimension littéraire et artistique.