{"id":137,"date":"2025-02-20T13:16:18","date_gmt":"2025-02-20T12:16:18","guid":{"rendered":"https:\/\/melancholia.fr\/portroyal\/?page_id=137"},"modified":"2025-02-20T13:16:18","modified_gmt":"2025-02-20T12:16:18","slug":"robert-arnauld-dandilly-1589-1674","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/melancholia.fr\/portroyal\/robert-arnauld-dandilly-1589-1674\/","title":{"rendered":"Robert Arnauld d&rsquo;Andilly (1589-1674)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Un courtisan anachor\u00e8te<\/strong><\/p>\n<p>Robert Arnauld d&rsquo;Andilly est une figure \u00e9minente de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de Port-Royal. N\u00e9 en 1589, premier enfant de l&rsquo;avocat Antoine Arnauld et de Catherine Marion, \u00e0 vingt ans d\u00e9j\u00e0, il est \u00e0 l&rsquo;abbaye des Champs pour la fameuse \u00ab\u00a0Journ\u00e9e du Guichet\u00a0\u00bb, o\u00f9 la jeune Ang\u00e9lique refusa \u00e0 son fr\u00e8re de p\u00e9n\u00e9trer dans la cl\u00f4ture.<\/p>\n<p>Il entama une brillante carri\u00e8re politique: conseiller d&rsquo;\u00c9tat en 1618, premier commis du surintendant Schomberg l&rsquo;ann\u00e9e suivante, surintendant des finances de 1617 \u00e0 1623, il participe \u00e0 la vie de cour, mais il fut aussi \u00ab\u00a0ami intime\u00a0\u00bb de Saint-Cyran qu&rsquo;il visitait quotidiennement dans sa prison et dont il \u00e9dita la correspondance apr\u00e8s sa mort. C&rsquo;est lui qui mit en relation l&rsquo;abb\u00e9 de Saint-Cyran et sa soeur Ang\u00e9lique, dont il devient le conseil et l&rsquo;agent: il favorise ainsi l&rsquo;installation des religieuses au faubourg Saint-Jacques; en 1626, \u00e0 la suite d&rsquo;une cabale, Gaston d&rsquo;Orl\u00e9ans le fit renvoyer de sa Maison au moment o\u00f9 il allait devenir secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat; il se retira alors \u00e0 Andilly et \u00e0 Pomponne sans para\u00eetre trop souffrir de sa disgr\u00e2ce. Il rentra en faveur en 1634, lorsque Richelieu le nomma intendant de l&rsquo;arm\u00e9e du Rhin. Il brille dans la soci\u00e9t\u00e9 des ann\u00e9es 1630, passant alors pour l&rsquo;oracle de l&rsquo;h\u00f4tel de Liancourt, jusqu&rsquo;\u00e0 la mort de sa jeune femme, Catherine de la Boderie, le 23 ao\u00fbt 1637: \u00ab\u00a0nulles paroles ne peuvent exprimer ma douleur, \u00e9crit M. d&rsquo;Andilly; je ne sais ce que je serais devenu si Dieu ne m&rsquo;avait pr\u00e9par\u00e9 la consolation d&rsquo;un ami tel que M. de Saint-Cyran\u00a0\u00bb. La m\u00e8re Ang\u00e9lique et Port-Royal de Paris l&rsquo;assistent aussi de leur affection et de leurs pri\u00e8res.<\/p>\n<p>Dix enfants sont encore \u00e0 la charge de M. d&rsquo;Andilly. Les a\u00een\u00e9s sont plac\u00e9s l&rsquo;un pr\u00e8s de Turenne, un autre pr\u00e8s de Richelieu; les plus jeunes vont \u00e0 Port-Royal: la future Ang\u00e9lique de Saint-Jean y est d\u00e9j\u00e0 depuis 1630 et y prend l&rsquo;habit de religieuse en 1641, tandis que le cadet, Jules Arnauld de Villeneuve, sera \u00e9l\u00e8ve aux Petites \u00c9coles d\u00e8s 1641.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, Robert Arnauld prit ses distances \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des fastes de la cour; il s&rsquo;en \u00e9loigna progressivement \u00e0 partir de 1643, jusqu&rsquo;\u00e0 se retirer, en 1645-1646, dans ses terres de Pomponne mais aussi, et surtout, \u00e0 Port-Royal des Champs, o\u00f9 il partagea son temps entre ses fonctions de jardinier (ayant pris pour plaisanter le titre d&rsquo;intendant des jardins, il am\u00e9nagea le site qu&rsquo;il dota de pi\u00e8ces d&rsquo;eau et de vergers) et les travaux intellectuels, en particulier des traductions, parmi lesquelles les oeuvres de sainte Th\u00e9r\u00e8se, les <em>Confessions<\/em> de saint Augustin et les <em>Vies des P\u00e8res du D\u00e9sert<\/em>.<\/p>\n<p>Du fond de sa retraite, il n&rsquo;abandonna pas toutefois tout lien avec le dehors: il fut \u00e0 la fois du monde et de Port-Royal, ou, pour reprendre le mot de C\u00e9cile Gazier, courtisan et anachor\u00e8te. En particulier, il ne cessa de mettre ses relations et ses qualit\u00e9s d&rsquo;honn\u00eate homme au service de l&rsquo;abbaye toujours menac\u00e9e.<\/p>\n<p>En 1667, presque octog\u00e9naire, il r\u00e9dige ses <em>M\u00e9moires<\/em> de sa plume toujours \u00ab\u00a0abondante et ais\u00e9e\u00a0\u00bb. Retir\u00e9 \u00e0 Pomponne sur ordre royal, il passa n\u00e9anmoins dans sa ch\u00e8re maison des Champs les quinze derniers mois de sa vie. Il mourut le 21 septembre 1674.<\/p>\n<p><strong>D&rsquo;Andilly po\u00e8te<\/strong><\/p>\n<p>Les talents de po\u00e8te d&rsquo;Arnauld d&rsquo;Andilly auraient pu lui ouvrir les portes de l&rsquo;Acad\u00e9mie naissante, mais il refusa par deux fois les offres de Richelieu.<\/p>\n<p>En 1628, il composa des <em>Stances pour J\u00e9sus-Christ <\/em>qui relatent la vie de J\u00e9sus jusqu&rsquo;\u00e0 sa Passion sur la croix. Six ans plus tard, l&rsquo;expiration du privil\u00e8ge fut l&rsquo;occasion d&rsquo;une refonte du livre: revues et augment\u00e9es, les <em>Stances<\/em> devinrent le <em>Po\u00e8me sur la Vie de J\u00e9sus-Christ <\/em>en cent-neuf dizains d&rsquo;alexandrins, grande fresque de la Chute, de l&rsquo;Incarnation et de la R\u00e9demption, qui prolonge l&rsquo;ouvrage pr\u00e9c\u00e9dent jusqu&rsquo;\u00e0 la Pentec\u00f4te et laisse pr\u00e9sager la victoire future de l&rsquo;\u00c9glise de Rome. En 1642, \u00e0 l&rsquo;instigation ou du moins avec le soutien de Saint-Cyran , l&rsquo;a\u00een\u00e9 des Arnauld publia encore des <em>Stances sur diverses v\u00e9rit\u00e9s chr\u00e9tiennes<\/em>, deux-cent trente-trois dizains d&rsquo;alexandrins illustrant chacun un titre en forme de maxime. Ces stances sont le fait d&rsquo;un po\u00e8te moraliste exer\u00e7ant sa verve contre les abus du temps et pr\u00eachant la rigueur des m\u0153urs dans un esprit proche de celui de la Fr\u00e9quente Communion. V\u00e9ritable direction spirituelle en vers, les stances sont fortement marqu\u00e9es par l&#8217;empreinte de Saint-Cyran; elles mettent l&rsquo;accent sur la n\u00e9cessit\u00e9 de la p\u00e9nitence, l&rsquo;importance de la gr\u00e2ce et la notion de pr\u00e9destination. Le po\u00e8te joint \u00e0 cet ouvrage une \u00ab\u00a0Ode sur la solitude\u00a0\u00bb o\u00f9 cet amoureux de la campagne chante, en dix dizains h\u00e9t\u00e9rom\u00e9triques, les saintes joies de la vie champ\u00eatre et la beaut\u00e9 des cr\u00e9atures.<\/p>\n<p>Les <em>Stances sur diverses v\u00e9rit\u00e9s chr\u00e9tiennes <\/em>rencontr\u00e8rent d&#8217;embl\u00e9e la faveur du public, comme le montrent les trois \u00e9ditions qui virent le jour l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame de leur publication. Cette fortune rapide a engag\u00e9 l&rsquo;auteur \u00e0 r\u00e9unir en 1644 l&rsquo;ensemble de ses vers dans un in-quarto intitul\u00e9 <em>\u0152uvres chr\u00e9tiennes<\/em>, comportant le <em>Po\u00e8me<\/em>, les <em>Stances d<\/em>e 1642 (augment\u00e9es de 25 strophes in\u00e9dites ), l&rsquo; \u00ab\u00a0Ode sur la solitude\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0Po\u00e8me sur la d\u00e9livrance de la terre sainte\u00a0\u00bb \u2013 neuf dizains d&rsquo;alexandrins pour pr\u00eacher la croisade; ce volume reproduit aussi un manifeste po\u00e9tique en vers intitul\u00e9 \u00ab\u00a0\u00c9l\u00e9gie \u00e0 M. d&rsquo;Andilly\u00a0\u00bb et compos\u00e9 par Antoine Godeau, alors \u00e9v\u00eaque de Grasse. L&rsquo;ouvrage remporta lui aussi un vif succ\u00e8s, comme en t\u00e9moignent les nombreuses r\u00e9impressions, la plupart au format in-12\u00b0, dont il a fait l&rsquo;objet: six \u00e9ditions paraissent en 1644, la neuvi\u00e8me est publi\u00e9e en 1659, la douzi\u00e8me en 1669, la quatorzi\u00e8me enfin en 1685; on trouve encore, en 1711, un volume de morceaux choisis de notre po\u00e8te.<\/p>\n<p>Les <em>\u0152uvres chr\u00e9tiennes <\/em>seront reproduites dans le premier tome des <em>\u0152uvres diverses <\/em>publi\u00e9es par Pierre Le Petit peu apr\u00e8s la mort de son ami po\u00e8te . D&rsquo;autres po\u00e8mes, pour la plupart des sonnets de circonstance, furent publi\u00e9s dans ses <em>Lettres<\/em> ou reproduits dans le <em>Recueil de po\u00e9sies chr\u00e9tiennes et diverses<\/em> . Les dizains d&rsquo;Arnauld d&rsquo;Andilly ont \u00e9galement connu des traductions latines qui attestent la faveur dans laquelle on les tenait vers le milieu du si\u00e8cle: ils ont \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9s dans cette langue par l&rsquo;archidiacre d&rsquo;Arles Gaspard de Varadier , par Jean Montaigu , et surtout par Pierre de La Bastide du Tauzia qui ajouta \u00e0 son <em>interpretatio<\/em> des litanies \u00e0 la Vierge et un quatrain \u00e0 saint Joseph.<\/p>\n<p>Les ouvrages en vers publi\u00e9s par Robert d&rsquo;Andilly renvoient l&rsquo;image d\u00e9form\u00e9e d&rsquo;un homme aust\u00e8re, hostile au si\u00e8cle, un intransigeant Saint-Cyran de la po\u00e9sie. Les pi\u00e8ces rest\u00e9es manuscrites et tout ce que nous savons par ailleurs des liens qu&rsquo;il entretenait avec les meilleurs \u00e9crivains de son \u00e9poque permettent de retoucher ce portrait largement erron\u00e9. C&rsquo;est par sa fr\u00e9quentation assidue de l&rsquo;h\u00f4tel de Rambouillet que d&rsquo;Andilly devint le familier des plus belles plumes de la premi\u00e8re Acad\u00e9mie, parmi lesquelles celles de Chapelain et Balzac ; ces relations ne cess\u00e8rent pas avec sa retraite aux Granges o\u00f9 il re\u00e7ut par exemple Mlle de Scud\u00e9ry et Mme de S\u00e9vign\u00e9 . Des moments pass\u00e9s dans la chambre bleue subsiste un madrigal, \u00ab\u00a0Les lys\u00a0\u00bb, compos\u00e9 en l&rsquo;honneur de Julie d&rsquo;Angennes pour la Guirlande que voulait lui offrir Montausier. Son cousin Arnauld de Corbeville et ses fils Simon de Pomponne et Antoine Arnauld ont aussi mis la main \u00e0 ces fleurs pr\u00e9cieuses . Les papiers d&rsquo;Arnauld d&rsquo;Andilly conserv\u00e9s \u00e0 la Biblioth\u00e8que de l&rsquo;Arsenal t\u00e9moignent de ses nombreuses amiti\u00e9s litt\u00e9raires aussi bien que de la diversit\u00e9 de ses talents; au milieu de lettres et de notes figurent dans ces recueils de nombreux vers in\u00e9dits, fran\u00e7ais ou latins: un sonnet , des \u00e9pigrammes , une \u00e9p\u00eetre au roi , un \u00ab\u00a0Dialogue du chevalier errant et du chevalier Alcandre\u00a0\u00bb , et un surprenant po\u00e8me mythologique intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Plainte de la d\u00e9esse de Philipsbourg et harangue du Dieu du Rhin pour la consoler\u00a0\u00bb. On d\u00e9couvre aussi des \u00ab\u00a0Vers sur l&rsquo;\u00e9clipse de soleil de 1654\u00a0\u00bb . Ces portefeuilles contiennent aussi la copie d&rsquo;un po\u00e8me de huit cents vers que d&rsquo;Andilly \u00e9crivit en huit jours dans un carrosse en l&rsquo;honneur de son beau-p\u00e8re, ainsi que ses corrections apport\u00e9es aux deux premiers livres de <em>La Pucelle<\/em> de Chapelain. Divers recueils ont aussi conserv\u00e9 des vers sur son fils M. de Pomponne ; une note en vers sur ses <em>\u0152uvres chr\u00e9tiennes<\/em> ; et plusieurs pi\u00e8ces amoureuses ou mythologiques qu&rsquo;il aurait probablement d\u00e9savou\u00e9es plus tard, sonnets galants et madrigaux r\u00e9unis pour la plupart par Conrart dans ses papiers. Les volumes manuscrits ont \u00e9galement gard\u00e9 trace des nombreuses marques d&rsquo;amiti\u00e9 laiss\u00e9es par les \u00e9crivains du temps, ainsi ce \u00ab\u00a0discours \u00e0 M. d&rsquo;Andilly sur sa sage retraite\u00a0\u00bb, par Conrart, en forme de satire versifi\u00e9e, que son sujet permet de dater de 1646 environ ; des po\u00e8mes latins de Godeau ; quelques traductions latines de ses <em>Stances sur diverses v\u00e9rit\u00e9s chr\u00e9tiennes<\/em> ; et une \u00e9l\u00e9gie de Pellisson adress\u00e9e \u00e0 La Fontaine, en r\u00e9ponse \u00e0 son <em>\u00c9l\u00e9gie aux nymphes de Vaux<\/em>. \u00c0 partir de sa retraite aux Champs, M. d&rsquo;Andilly cessa de composer des \u0153uvres de longue haleine comme le <em>Po\u00e8me <\/em>et les <em>Stances<\/em>; mais il ne se renia pas pour autant, puisqu&rsquo;il fut l&rsquo;un des ma\u00eetres d&rsquo;\u0153uvre de la grande anthologie de 1671.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un courtisan anachor\u00e8te Robert Arnauld d&rsquo;Andilly est une figure \u00e9minente de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de Port-Royal. 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