{"id":950,"date":"2022-09-12T22:16:52","date_gmt":"2022-09-12T20:16:52","guid":{"rendered":"https:\/\/melancholia.fr\/melusine\/?p=950"},"modified":"2022-09-14T16:25:37","modified_gmt":"2022-09-14T14:25:37","slug":"chapitre-vii-antoine-et-regnault-de-lusignan-marchent-contre-le-roy-de-metz-ensuite-contre-les-sarrazins-antoine-est-elu-duc-de-luxembourg-regnault-roy-de-boheme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/melancholia.fr\/melusine\/2022\/09\/12\/chapitre-vii-antoine-et-regnault-de-lusignan-marchent-contre-le-roy-de-metz-ensuite-contre-les-sarrazins-antoine-est-elu-duc-de-luxembourg-regnault-roy-de-boheme\/","title":{"rendered":"Chapitre VII"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Antoine et Regnault de Lusignan marchent contre le roy de Metz, &amp; ensuite contre les Sarrazins. Antoine est \u00e9lu Duc de Luxembourg, &amp; Regnault Roy de Boheme.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9s que la nouvelle se fut r\u00e9pandu\u00eb par la France, qu\u2019Antoine &amp; Regnault alloient se mettre en campagne pour marcher au secours de la Duchesse de Luxembourg, la Noblesse, qui \u00e9toit remplie d\u2019estime pour cette illustre Maison, vint de toutes parts pour les accompagner dans une si juste entreprise, &amp; il y eut de puissans Seigneurs qui amenerent beaucoup de monde avec eux\u00a0; ce qui composa en peu de tems, avec les troupes qu\u2019on leva, une arm\u00e9e tres-considerable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rendez-vous general \u00e9toit \u00e0 Lusignan. Les troupes camperent dans la prairie, qui est sous la Forteresse. Jusqu\u2019\u00e0 leur depart, Antoine &amp; Regnault avoient un soin tres-grand que rien ne manqu\u00e2t au camp, &amp; l\u2019ordre y \u00e9toit observ\u00e9 fort exactement\u00a0; on faisoit tous les jours l\u2019exercice. Enfin l\u2019arm\u00e9e se trouvant en \u00e9tat de marcher, les deux freres firent leurs adieux, &amp; Melusine en usa \u00e0 leur \u00e9gard de la m\u00eame maniere qu\u2019elle avoit fait avec ses a\u00eenez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premiere chose que les jeunes guerriers firent \u00e9tant en marche fut d\u2019entretenir leurs troupes dans une bonne discipline, en passant sur les Terres qui se trouvoient dans leur route\u00a0; ils envoyoient toujours par avance demander le passage, pour n\u2019\u00eatre pas contraints de commettre des actes d\u2019hostilit\u00e9, &amp; les Princes accordoient leur demande par deux raisons\u00a0; la pre miere, que leur arm\u00e9e \u00e9toit capable de l\u2019obtenir par la force; la seconde, que la querelle qu\u2019ils embrassoient \u00e9toit juste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant toute la route, Antoine &amp; Regnault prenoient les mesures necessaires pour attaquer les lignes des assiegeans. Les Ambassadeurs leur faisoient un plan de la situation du pays, pour asseoir leur camp avec avantage, quand ils seroient en leur presence. Ils leur enseignoient des moyens pour s\u2019assurer des vivres de toutes parts, &amp; se rendre ma\u00eetres de la campagne\u00a0; &amp; un jour ils leur dirent qu\u2019ils avoient avis que sur la nouvelle qui s\u2019\u00e9toit r\u00e9pandu\u00eb qu\u2019il venoit du secours, tous ceux qui n\u2019\u00e9toient pas arrivez assez \u00e0 tems pour se jetter dans la Ville, s\u2019\u00e9toient r\u00e9\u00fcnis sous un Chef, &amp; inquietoient beaucoup les assiegeants dans leurs convois &amp; dans leurs fourages\u00a0: de maniere qu\u2019ils ne les so\u00fbtenoient que par de grosses escortes\u00a0; &amp; qu\u2019ainsi les troupes ennemies se trouvoient tres fatigu\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut remarquer que parmy tous ces discours, les Ambassadeurs, qui ne songeoient qu\u2019\u00e0 s\u2019assurer pour to\u00fbjours la protection de la Maison de Lusignan, entretenoient leurs Chefs, quand ils en trouvoient l\u2019occasion, des avantages de leur pays, qui \u00e9toit d\u2019une plus grande \u00e9tendu\u00eb pour lors qu\u2019il ne l\u2019est aujourd\u2019huy. Ils parloient aussi des belles qualitez de la Duchesse, &amp; Antoine prenoit plaisir \u00e0 s\u2019en entretenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant l\u2019arm\u00e9e s\u2019avan\u00e7oit, &amp; d\u00e9s qu\u2019elle fut sur les Terres de Luxembourg, les deux Chefs firent partir un des Barons avec le Chevalier. Celuy-l\u00e0 pour annoncer leur arriv\u00e9e au Roy de Metz, &amp; luy proposer de lever le siege, apr\u00e9s luy avoir fait conno\u00eetre les injustes motifs qui l\u2019avoient port\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprendre\u00a0; sinon luy declarer, qu\u2019ils \u00e9toient venus pour le combattre. Celui-cy fut charg\u00e9 de trouver le moyen de passer dans la Ville, en cas que le Roy demeur\u00e2t ferme dans son dessein, &amp; on luy remit des Lettres pour rendre \u00e0 la Duchesse, &amp; au Conseil d\u2019Etat. Celle qui \u00e9toit adress\u00e9e au Conseil, assuroit\u00a0; \u00ab\u00a0Que si les Ennemis ne levoient le siege, ils pouvoient s\u2019attendre d\u2019y \u00eatre forcez\u00a0; qu\u2019il ne falloit pas manquer de faire des sorties de toute la garnison au premier bruit qu\u2019on entendroit du c\u00f4t\u00e9 du camp, pour faire une diversion considerable\u00a0; Que le proced\u00e9 du Roy de Metz \u00e9toit en horreur \u00e0 toutes les troupes, &amp; qu\u2019elles marchoient avec une confiance si merveilleuse, qu\u2019elles partageoient d\u00e9ja ses d\u00e9pouilles.\u00a0\u00bb Quant \u00e0 la Lettre pour la Duchesse, elle avoit \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par Antoine seul, &amp; \u00e9toit conceu\u00eb en ces termes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>MADAME, V\u00f4tre Lettre nous a touch\u00e9 si fort,<\/em> <em>qu\u2019apr\u00e9s l\u2019avoir lu\u00eb, nous n\u2019avons pas<\/em> <em>perdu un moment pour lever des troupes, &amp; marcher \u00e0 v\u00f4tre secours. Le<\/em> <em>Chevalier vous dira nos forces, &amp; nos<\/em> <em>bonnes intentions. Si le Ciel les favorise, vous pouvez \u00eatre assur\u00e9e de vous<\/em> <em>voir bien t\u00f4t d\u00e9livr\u00e9e de vos ennemis.<\/em> <em>Il ne s\u2019\u00e9toit jamais veu jusqu\u2019\u00e0 present qu\u2019on e\u00fbt mis le siege devant un<\/em> <em>c\u0153ur pour l\u2019obliger \u00e0 se rendre. C\u2019est<\/em> <em>une Place qui ne se gagne qu\u2019\u00e0 force<\/em> <em>de tendresse, de soins, d\u2019empressemens,<\/em> <em>&amp; non pas \u00e0 main arm\u00e9e\u00a0; ce sont-l\u00e0<\/em> <em>les troupes qu\u2019on doit faire agir pour<\/em> <em>s\u2019en rendre ma\u00eetre. Les plus forts bataillons sont de foibles moyens pour s\u2019en<\/em> <em>emparer. La contrainte en \u00e9loigne la<\/em> <em>possession. Nous aimons la libert\u00e9 de<\/em> <em>pouvoir en disposer en faveur de qui<\/em> <em>il nous pla\u00eet. Heureux, Madame, celuy que vous trouverez digne du<\/em> <em>v\u00f4tre.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>ANTOINE DE LUSIGNAN.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Chevalier qui \u00e9toit charg\u00e9 de ces Lettres, passa heureusement dans la Ville, car le Roy ne voulut entendre \u00e0 aucune proposition. On ne peut exprimer combien la joye fut grande \u00e0 la nouvelle de l\u2019arriv\u00e9e du secours\u00a0: on disposa tout pour les sorties, &amp; la garnison paroissoit r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019assurance des Lettres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Duchesse de son c\u00f4t\u00e9 fut charm\u00e9e de voir la galanterie dont Antoine luy \u00e9crivoit. Les derniers mots de sa Lettre pouvoient passer pour une declaration. Cet air libre luy fit plaisir. Elle se flatta que ce jeune Guerrier avoit conceu de l\u2019amour pour elle, sur la relation de ses Ambassadeurs\u00a0; &amp; c\u2019est aussi de cette maniere que les Princes se connoissent &amp; s\u2019aiment souvent, sans s\u2019\u00eatre jamais v\u00fbs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cristine s\u2019entretenoit dans ces sentimens, pendant qu\u2019Antoine &amp; Regnault s\u2019avan\u00e7oient \u00e0 grandes journ\u00e9es, parce que le Baron \u00e9toit retourn\u00e9 leur porter la r\u00e9ponse du Roy de Metz. Ce Prince, qui avoit de la valeur, ne voulut pas attendre ses Ennemis. Il laissa suffisamment de troupes pour continuer le siege, &amp; marcha au devant du secours, qu\u2019il croyoit, au rapport de ses espions, plus foible qu\u2019il n\u2019etoit\u00a0; ce qui le fit abandonner \u00e0 une maniere de confiance, qui l\u2019emp\u00eacha de prendre les pr\u00e9cautions qu\u2019il devoit, &amp; lesquelles eussent p\u00fb luy assurer la victoire, ou luy donner moyen de la disputer plus long-tems qu\u2019il ne fit : car ses troupes ayant rencontr\u00e9 l\u2019arm\u00e9e d\u2019Antoine, qui marchoit \u00e0 elles en bataille avec une contenance \u00e0 ne pas les apprehender, prirent d\u2019abord quelque \u00e9pouvante, &amp; ensuite leur avant-garde ayant \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9e avec une vigueur extraordinaire, se renversa sur le corps de l\u2019arm\u00e9e\u00a0; ce qui causa un si grand desordre, que tout s\u2019abandonna \u00e0 une fuite honteuse. Le Roy fit ce qu\u2019il put pour retenir les fuyards, &amp; les rallier\u00a0; mais les victorieux les poursuivoient avec tant de chaleur, l\u2019\u00e9p\u00e9e dans les reins, qu\u2019ils les menerent battans jusques dans leur camp, o\u00f9 ils entrerent p\u00ealem\u00eale avec eux. Le Roy m\u00eame press\u00e9 par les siens, tomba de cheval \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des retranchemens, &amp; fut pris par Antoine, qui le donna \u00e0 garder \u00e0 son frere, pendant qu\u2019il alla achever de vaincre la garde du camp, qui faisoit une vigoureuse resistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant ceux de la Ville ayant aperceu du haut des Tours la d\u00e9route du Roy, \u00e9toient sortis, &amp; attaquoient vaillamment les troupes qui \u00e9toient rest\u00e9es dans le camp; ce qui fit qu\u2019Antoine eut moins de peine \u00e0 les soumettre. D\u00e9s qu\u2019il se vit entierement ma\u00eetre du champ de bataille, il fit venir les quatre Barons, &amp; leur confiant son prisonnier, il les pria d\u2019aller l\u2019offrir de sa part, &amp; de celle de son frere, \u00e0 la Duchesse, pour en faire ce qu\u2019il luy plairoit. Le Roy fit son possible pour s\u2019exempter de cette honte, jusqu\u2019\u00e0 dire qu\u2019il aimoit mieux souffrir la mort\u00a0; mais Antoine demeura inflexible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Barons firent leur commission. La Duchesse fut extr\u00e9mement surprise de voir le Roy de Metz, &amp; la generosit\u00e9 d\u2019Antoine. Elle dit au prisonnier, qu\u2019elle ne se sentoit pas assez de force pour le renfermer\u00a0; mais qu\u2019il e\u00fbt \u00e0 luy promettre, sur sa parole Royale, qu\u2019il ne sortiroit point du Palais sans la permission de ses Vainqueurs. Ce qu\u2019il luy promit volontiers, penetr\u00e9 des manieres honorables dont il se voyoit traitt\u00e9, contre son attente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Duchesse fit prier ensuite ses Liberateurs de venir loger dans la Ville; ce qu\u2019ils firent apr\u00e9s avoir mis les ordres necessaires au camp\u00a0; &amp; elle envoya au devant d\u2019eux les principaux Magistrats, accompagnez des personnes de la premiere qualit\u00e9 de la Cour. Tout le monde \u00e9toit surpris de la grife de Lion qui paroissoit sur la jou\u00eb d\u2019Antoine, &amp; de voir que Regnault n\u2019avoit qu\u2019un \u0153il\u00a0; mais la beaut\u00e9 de leur visage, leur taille avantageuse, &amp; l\u2019air guerrier qu\u2019ils avoient, attiroient l\u2019admiration. Pour la Duchesse, elle n\u2019en fut nullement \u00e9tonn\u00e9e : car elle les connoissoit extr\u00e9mement bien, par la relation du Chevalier, avec qui elle s\u2019en \u00e9toit souvent entretenu\u00eb. Elle se sentit seulement \u00e9meu\u00eb \u00e0 l\u2019abord d\u2019Antoine\u00a0; cependant elle se posseda assez pour faire \u00e0 ces deux Heros des remerciemens proportionnez au service qu\u2019ils luy rendoient, &amp; leur dit qu\u2019elle aviseroit avec son Conseil \u00e0 la reconnoissance qu\u2019elle leur en devoit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Antoine prenant la parole luy r\u00e9pondit, que la satisfaction que son frere &amp; luy avoient de la voir si heureusement secouru\u00eb, leur tenoit lieu de toute sorte de r\u00e9compense. Apr\u00e9s ces honn\u00eatetez, ils passerent \u00e0 l\u2019apartement du Roy, que son chagrin retenoit solitaire. Antoine en l\u2019abordant, luy tint ce discours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019injustice vous a fait prendre les armes, Seigneur, &amp; violer les droits les plus sacrez\u00a0; mais le Ciel vengeur de ces sortes d\u2019actions, vous rend prisonnier d\u2019une Princesse, qui e\u00fbt peut-\u00eatre succomb\u00e9 \u00e0 vos efforts, si nous n\u2019eussions \u00e9t\u00e9 inspirez de venir \u00e0 son secours. V\u00f4tre sort d\u00e9pend de sa volont\u00e9, &amp; c\u2019est \u00e0 elle \u00e0 le regler.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Seigneurs, repartit la Duchesse, les fatigues que vous avez eu\u00ebs, &amp; les hazards que vous avez courus, demandent que le Prisonnier demeure en v\u00f4tre possession. Ordonnez donc vous-m\u00eame de sa destin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0En quelque main que je tombe, dit le Roy, on n\u2019aura aucun avantage de me tenir long tems captif, c\u2019est pourquoy vous, Seigneurs, que j\u2019estime pour v\u00f4tre valeur\u00a0; &amp; vous, Madame, qui malgr\u00e9 mon entreprise, paroissez avoir tant de bont\u00e9 pour moy, je vous prie de me rendre la libert\u00e9, en m\u2019imposant la peine que vous trouverez \u00e0 propos.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Duchesse, qui \u00e9toit d\u2019un bon naturel, consentit \u00e0 cette proposition, &amp; Antoine pronon\u00e7a, \u00ab\u00a0Que le Roy payeroit comptant tous les dommages qu\u2019il avoit faits dans le pays, \u00e0 l\u2019estimation des Commissaires qui seroient nommez \u00e0 cet effet. Outre cela, qu\u2019il fonderoit un Prieur\u00e9 de douze Religieux pr\u00e9s du champ de bataille, pour avoir soin de prier Dieu pour les ames de ceux qui \u00e9toient morts dans cette journ\u00e9e, &amp; que pour assurance de ce Traitt\u00e9 il donneroit des \u00f4tages.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Prisonnier consentit \u00e0 tout pour recouvrer la libert\u00e9, &amp; il se crut tellement oblig\u00e9 \u00e0 ses Vainqueurs, de ne rien demander pour les frais de la guerre, que surmontant genereusement l\u2019amour qu\u2019il avoit pour la Duchesse, il forma le dessein de procurer \u00e0 Antoine l\u2019avantage d\u2019\u00e9pouser cette riche heritiere. Il s\u2019en ouvrit \u00e0 quelques-uns des Barons les plus acreditez, leur representant, que s\u2019ils avoient un Seigneur de cette vertu, ils seroient craints &amp; respectez de leurs voisins. L\u2019affaire fut aussi-t\u00f4t propos\u00e9e dans le Conseil\u00a0; &amp; comme en ce temsl\u00e0 on cherchoit les moyens de reconno\u00eetre le service signal\u00e9 qu\u2019on venoit de recevoir des Seigneurs de Lusignan, on trouva qu\u2019il n\u2019y en avoit point de meilleur, que d\u2019offrir \u00e0 l\u2019a\u00een\u00e9 ce qu\u2019ils possedoient de plus precieux. Le Roy se chargea d\u2019en parler \u00e0 Antoine, &amp; les Barons \u00e0 la Duchesse. Ils y consentirent tous deux d\u2019autant plus volontiers, que l\u2019amour avoit d\u00e9ja fait du progr\u00e9s dans leurs c\u0153urs depuis leur premiere veu\u00eb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mariage donna beaucoup de joye \u00e0 toute la Province. Les ceremonies s\u2019en firent avec toute la magnificence de ces tems-l\u00e0, qui consistoit en des tournois &amp; autres divertissemens semblables. Apr\u00e9s que la f\u00eate fut faite, les Barons renouvellerent leurs hommages au nouveau Duc\u00a0; ensuite il alla visiter visiter toutes ses Places, &amp; laissa le Roy de Metz aupr\u00e9s de la Duchesse, son \u00e9pouse, pour executer les articles de son Traitt\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces entrefaites, un Courrier, qui cherchoit le Roy, \u00e9toit all\u00e9 droit \u00e0 Metz, &amp; ne le trouvant point, avoit pris la route de Luxembourg. Il luy rendit une Lettre de Frederic Roy de Boheme, son frere, qui luy mandoit, que le Sarazin Zelodus Roy de Croco \u00e9toit entr\u00e9 sur ses Terres avec quatre-vingt mille hommes, &amp; marchoit \u00e0 Prague, o\u00f9 il s\u2019\u00e9toit retir\u00e9 avec toute sa Noblesse, ne se sentant pas assez fort pour luy faire t\u00eate en campagne. C\u2019est pourquoy il le prioit de venir au plut\u00f4t \u00e0 son secours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette nouvelle affligea beaucoup le Roy, parcequ\u2019il se vo\u00efoit dans l\u2019impuissance de secourir son frere. La douleur qu\u2019il en avoit, jointe au malheureux \u00e9tat de ses affaires, l\u2019avoient tellement accabl\u00e9, qu\u2019il \u00e9toit retenu au lit, lorsque le Duc arriva. Ce Prince compatit beaucoup \u00e0 son affliction. Il lut la Lettre de Frederic, &amp; fut touch\u00e9 d\u2019apprendre qu\u2019un si beau Royaume \u00e9toit expos\u00e9 \u00e0 l\u2019invasion des Infidelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Roy de Metz voyant le Duc dans ces sentimens, t\u00e2cha de l\u2019\u00e9mouvoir encore davantage, luy representant vivement l\u2019\u00e9tat d\u00e9plorable o\u00f9 se trouveroit son frere, si les Sarazins le for\u00e7oient dans Prague\u00a0; qu\u2019il avoit une fille \u00e2g\u00e9e de seize ans, unique heritiere de ses Etats, qui seroit expos\u00e9e \u00e0 leur brutalit\u00e9, &amp; r\u00e9duite dans un dur esclavage\u00a0; qu\u2019il n\u2019y avoit rien qu\u2019il n\u2019offr\u00eet pour leur procurer du secours; &amp; qu\u2019il le prioit de luy permettre d\u2019envoyer dans toutes les Cours d\u2019Allemagne, pour en demander non seulement \u00e0 ses Alliez, mais aussi \u00e0 tous les Princes\u00a0; puisque ce secours regardoit \u00e9galement la conservation de la Foy, &amp; la seuret\u00e9 du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Duc Antoine entendant ainsi parler le Roy de Metz, la larme aux yeux, s\u2019offrit d\u2019aller secourir Frederic de toutes ses forces, &amp; le Roy luy promit, qu\u2019\u00e0 la faveur de ce secours, il feroit donner sa niece en mariage \u00e0 Regnault avec la Couronne de Boheme apr\u00e9s la mort de son frere.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes ces considerations firent armer promtement nos deux Heros. Le Roy de Metz alla aussi dans son pays lever autant de soldats qu\u2019il luy fut possible, &amp; il joignit le Duc au plut\u00f4t \u00e0 un rendez-vous qu\u2019il luy assigna sur la route. Le Prince de Cologne leur donna le passage &amp; des troupes; celles de Brandebourg, de Baviere, &amp; plusieurs autres joignirent aussi l\u2019arm\u00e9e Chr\u00e9tienne. Odon Duc de Baviere \u00e9toit \u00e0 la t\u00eate des siennes, comme ayant le plus d\u2019inter\u00eat dans cette affaire, car il \u00e9toit le plus proche voisin de Prague. Ainsi l\u2019arm\u00e9e se trouva tres-forte, lors qu\u2019elle entra en Boheme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle n\u2019y fut pas plut\u00f4t, que le Roy de Metz envoya un Gentilhomme du pays, pour donner avis \u00e0 son frere du secours qui luy venoit. Le courrier eut le bonheur d\u2019entrer dans la Ville, &amp; il arriva tres juste, parce que Frederic ayant \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 dans une sortie, la garnison, aussi afflig\u00e9e que remplie de crainte, \u00e9toit pr\u00eate \u00e0 capituler\u00a0; mais aprenant une si heureuse nouvelle, sa terreur se dissipa, les forces luy revinrent, &amp; la Princesse Aiglantine, ne songeant qu\u2019\u00e0 venger la mort de son pere, encouragea elle-m\u00eame tout le monde \u00e0 la d\u00e9fense\u00a0; si bien que les Sarazins aper\u00e7urent bien t\u00f4t une nouvelle valeur dans les assiegez. Ils ne s\u00e7avoient \u00e0 quoy l\u2019attribuer\u00a0; mais ils en aprirent bien-t\u00f4t la cause par leurs coureurs, qui raporterent, qu\u2019une formidable arm\u00e9e de Chretiens venoit au secours de Prague, &amp; n\u2019\u00e9toit plus qu\u2019\u00e0 deux journ\u00e9es du camp.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette nouvelle \u00e9tonna les Sarazins, &amp; Zelodus en parut si surpris, qu\u2019il douta s\u2019il iroit au devant de ces nouveaux ennemis, ou s\u2019il les attendroit dans ses lignes. Enfin il se determina \u00e0 les attendre, pour ne pas partager ses forces, &amp; il donna tous les ordres necessaires pour les repousser vaillamment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autre c\u00f4t\u00e9 le Duc Antoine, qui avoit envoy\u00e9 plusieurs partis vers le camp, pour s\u00e7avoir les mouvemens des Sarazins, aprenant qu\u2019ils n\u2019en faisoient aucun, marcha droit \u00e0 leurs retranchemens, &amp; campa \u00e0 leur veu\u00eb le plus avantageusement qu\u2019il put sur une \u00e9minence, qui exposoit son arm\u00e9e aux yeux de toute la Ville, &amp; luy offroit un aussi agreable spectable, qu\u2019il \u00e9toit terrible aux Infidelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Zelodus, il visitoit continuellement ses postes, &amp; animoit ses troupes du mieux qu\u2019il pouvoit, avec des discours de m\u00e9pris contre les Chretiens; mais qui perdirent bien-t\u00f4t leur credit dans les esprits, par la fuite de deux gros d\u00e9tachemens, qu\u2019il avoit envoyez garder des passages importans, &amp; qui rentrerent dans les retranchemens avec beaucoup de precipitation, d\u2019effroy, &amp; de perte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces heureux commencemens augmenterent si fort le courage de l\u2019arm\u00e9e Chretienne, que les soldats demandoient \u00e0 combattre, sans vouloir se reposer\u00a0; ce qui fit qu\u2019Antoine, pour profiter de cette ardeur, disposa aussi t\u00f4t les attaques Il pria le Roy de Metz, le Duc de Baviere, &amp; Regnault d\u2019en prendre le commandement, &amp; ces Princes s\u2019y comporterent avec tant de valeur, qu\u2019apr\u00e9s deux heures de combat seulement, ils forcerent les retranchemens des Sarazins\u00a0; aidez neanmoins par les assiegez, qui sortirent en grand nombre dans le tems qu\u2019ils virent qu\u2019on attaquoit les lignes. Et cette diversion fit tres-bien : car Zelodus, qui ne s\u2019y attendoit pas, fut contraint de d\u00e9garnir quelques-uns de ses postes, pour faire t\u00eate de tous c\u00f4tez\u00a0; ainsi les Sarazins se trouvant trop foibles en certains endroits, furent obligez de ceder la victoire aux Chretiens, qui en firent un terrible carnage, &amp; Zelodus fut trouv\u00e9 parmy les morts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La joye de cet heureux succ\u00e9s fut diminu\u00e9e par la douleur d\u2019aprendre, que le Roy de Boheme avoit perdu la vie. La Princesse Aiglantine, qui avoit surmont\u00e9 dans cette occasion &amp; son sexe &amp; son \u00e2ge, s\u2019\u00e9tant trouv\u00e9e sans cesse \u00e0 la t\u00eate de ses troupes, vint au-devant des Victorieux\u00a0; &amp; aprit \u00e0 son oncle cette triste nouvelle\u00a0; elle en \u00e9toit si vivement touch\u00e9e, qu\u2019elle eut de la peine \u00e0 exprimer \u00e0 Antoine aux autres Chefs l\u2019obligation qu\u2019elle leur avoit de sa Couronne, &amp; de sa libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e9s qu\u2019ils eurent t\u00e9moign\u00e9 la part qu\u2019ils prenoient tous \u00e0 la perte qu\u2019elle faisoit du Roy son pere, ils donnerent ordre de poursuivre les Sarazins, qui avoient cherch\u00e9 leur salut dans la fuite. On en assembla un grand nombre\u00a0; &amp; le Roy de Metz, qui avoit apris que Zelodus avoit fait br\u00fbler le corps de son frere \u00e0 la veu\u00eb de de la Ville, avec indignit\u00e9, pour \u00e9mouvoir les assiegez, fit porter celuy de ce Roy barbare sur une montagne voisine, &amp; la fit br\u00fbler de m\u00eame avec un nombre de prisonniers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ce tems l\u00e0 on s\u2019appliquoit \u00e0 preparer la pompe funebre. Tous les Princes assisterent au Service\u00a0; &amp; le Roy de Metz, qui n\u2019avoit point encore voulu de clarer \u00e0 sa niece la promesse qu\u2019il avoit faite au Duc Antoine en faveur de Regnault, parce qu\u2019il \u00e9toit juste de luy laisser donner quelques jours \u00e0 sa douleur, trouva \u00e0 propos de luy en parler apr\u00e9s qu\u2019elle eut ren du les derniers devoirs \u00e0 son pere.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aiglantine receut cette declaration avec plaisir, persuad\u00e9e que son oncle ne songeoit qu\u2019\u00e0 son avantage. Elle assembla ensuite son Conseil, pour deliberer sur cette affaire, &amp; chacun fut ravi de cette proposition\u00a0; car une alliance si considerable asseuroit la Couronne de Boheme \u00e0 la Maison de Frederic, &amp; affermissoit le repos de l\u2019Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Roy de Metz aprit aussi-t\u00f4t \u00e0 Antoine &amp; \u00e0 Regnault la r\u00e9\u00fcssite de leur dessein, &amp; ils allerent ensemble rendre visite \u00e0 la Princesse, qui les receut agreablement, &amp; ne fut point du tout embarrass\u00e9e de traitter avec ces Prince d\u2019une affaire si importante. Ce qui les \u00e9tonna \u00e0 cause de son \u00e2ge. Elle fut assist\u00e9e dans cette negotiation de ses Ministres, &amp; des premiers Seigneurs du Royaume. Les articles du mariage furent dressez, &amp; la celebration s\u2019en fit quelques jours apr\u00e9s au grand contentement des peuples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9jo\u00fcissances, qui se firent \u00e0 ces noces, furent extraordinaires par tous les divertissemens qui parurent dans l\u2019arm\u00e9e. Les soldats en inventerent de plusieurs sortes\u00a0; &amp; la Reine, qui avoit le c\u0153ur martial, se plaisoit si fort \u00e0 les voir, qu\u2019elle \u00e9toit presque to\u00fbjours dans le camp. Enfin apr\u00e9s que la f\u00eate fut finie, &amp; que Regnault eut travaill\u00e9 avec son frere, &amp; avec le Roy de Metz, aux moyens de s\u2019affermir sur le Tr\u00f4ne, chaque corps des troupes \u00e9trangeres reprit le chemin de sa Province\u00a0; &amp; Antoine, accompagn\u00e9 du Duc de Baviere, qu\u2019il quitta en repassant par ses Etats, retourna \u00e0 Luxembourg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces deux Princes, Antoine &amp; Regnault, eurent des enfans m\u00e2les, qui augmenterent la reputation de leurs peres. Antoine eut Bertrand &amp; Lohier. Regnault eut Oniphar, Prince tres vaillant, &amp; qui conquit, avec Lohier son cousin, la Hollande, la Zelande, le Danemarc &amp; la Norvege. Bertrand \u00e9pousa Melide, fille du Roy de Metz, &amp; succeda \u00e0 son Royaume. Quant \u00e0 Lohier, il fut Duc de Luxembourg, &amp; purgea les Ardennes de voleurs, qui s\u2019y \u00e9toient fortifiez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e9s avoir racont\u00e9 les illustres \u00e9tablissemens de ces cinq premiers fils de Melusine, revenons \u00e0 Raimondin, qui de son c\u00f4t\u00e9 s\u2019\u00e9toit aquis des Provinces entieres, &amp; recevoit des hommages jusqu\u2019en Bretagne. Ainsi il se voyoit un des plus puissans Seigneurs de France, &amp; sa famille la mieux \u00e9tablie qui f\u00fbt en Europe. Il avoit receu des nouvelles de la haute fortune de ses deux derniers fils aussi-t\u00f4t apr\u00e9s leur \u00e9levation\u00a0; ce qui l\u2019avoit combl\u00e9 de joye.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi la prophetie de sa femme \u00e9toit accomplie \u00e0 cet \u00e9gard, &amp; elle se f\u00fbt so\u00fbtenu\u00eb pour tout le reste jusqu\u2019\u00e0 la fin, s\u2019il luy e\u00fbt gard\u00e9 la parole qu\u2019il luy avoit donn\u00e9e, &amp; dont l\u2019execution faisoit la dur\u00e9e de son bonheur\u00a0; mais disons de quelle maniere il la faussa, &amp; la triste avanture qui s\u2019ensuivit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Antoine et Regnault de Lusignan marchent contre le roy de Metz, &amp; ensuite contre les Sarrazins. Antoine est \u00e9lu Duc de Luxembourg, &amp; Regnault Roy de Boheme. 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