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Édition des Lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo - ISSN : 2271-8923

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8 novembre [1846], dimanche soir, 9 h. ½

J’espère encore que tu reviendras ce soir, mon doux bien-aimé, il me semble impossible, d’après le désir et le besoin que j’ai de te voir, que tu [ne] reviennes pas. Aussi je t’attends presque avec confiance. Et d’abord que dirait ton pauvre petit raisin si tu ne venais pas le manger ce soir ? Tu vois bien que pour lui et pour moi il faut absolument que tu viennes, et nous y comptons bien tous les deux.
Je n’avais pas eu le temps de t’écrire dans la journée quand Eugénie est arrivée avec son mioche. Je n’ai pas voulu lui tourner le dos pour le peu de temps qu’elle avait à rester ce soir car elle s’est en allée de très bonne heure. La pauvre femme était d’ailleurs assez triste comme c’est assez son habitude. Il paraît qu’elle a fait cette tentative que tu sais auprès de M. Vilain, lequel, tout en lui faisant de bonnes promesses pour l’avenir, n’a pas voulu entendre parler mariage. C’était en effet un trop gros quine pour espérer qu’il sortirait à la première sommation. Je ne pense même pas qu’il sorte jamais pour elle, la pauvre femme, et elle ne s’y attend pas non plus. Trop heureuse si cette liaison ne se rompt pas contre la première pierre d’achoppement venue, et Dieu sait qu’il n’en manque pas, de pierres d’achoppement. Enfin il faut bien qu’elle se résigne puisqu’elle n’a pas le choix d’une meilleure position. Elle espère que, tant que tu voudras bien lui faire l’honneur de t’intéresser à lui, il ne pourra pas se séparer d’elle. Fasse Dieu que ce ne soit pas une illusion. Quant à moi, je le lui souhaite de tout mon cœur et je te prierai de continuer tes bontés à ce jeune homme tant que tu le pourras.
Maintenant, mon cher adoré, que j’ai fait de la reconnaissance et du dévouement pour ces deux pauvres gens, je viens parler pour moi. Je viens vous reprier et vous resupplier de venir ce soir, n’importe à quelle heure. Si tu ne viens pas, mon Toto, je passerai une très mauvaise nuit et je pleurerai malgré moi. Tâche donc de venir ne fût-cea qu’une minute. Le temps seulement de manger ton raisin et de me donner un bon gros baiser. D’ici là, je vais faire bien des vœux et bien des prières pour que tu viennes, et amasser bien des tendresses et bien de l’amour pour te le donner.

Juliette

MVH, α 7818
Transcription de Nicole Savy

a) « fusse ».

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