“Il y a des monstres” (XVI, 15): déformations, difformités, déviances

Victor Hugo, bien plus tard opposa le “sublime” au “grotesque”, en faisant de cette opposition la pierre de touche du drame romantique, qu’il inscrivait dans la filiation shakespearienne (“préface” de Cromwell). Cette dialectique pourrait bien être également centrale dans les Caractères. Si les classiques, et singulièrement les Anciens, tempéraient leur amour pour la raison par leur aspiration à une élévation esthétique et spirituelle (le « sublime »), ils n’ignoraient pas non plus les dissonnances et les déformations grotesques. Boileau composa par exemple un poème burlesque (Le Lutrin), tandis que, chez La Bruyère, les « monstres » et les créatures hybrides pullulent. Quel sens peut revêtir cette tentation de la déformation et de la difformité au sein d’un ouvrage qui prêche partout la juste mesure et la raison? C’est la question que nous allons poser dans la prochaine série de publications.