Les leçons du maître : Théophraste

La troisième tradition à laquelle se réfère La Bruyère est celle du successeur d’Aristote à la tête du Lycée, Théophraste. Les Caractères de La Bruyère apparaissent même, estime Van Delft, comme le « dernier grand jalon de la caractérologie théophrastienne au XVIIe siècle” 1)Le Moraliste, op. cit., p. 141. Théophraste hérite de son maître Aristote, mais surtout de la face rhétorique plus que des aspects moraux et philosophiques de son oeuvre. La Bruyère, dans sa préface, semble opposer la tradition d’Aristote à celle de Théophraste. En fait, lorsqu’il s’en prend aux “définitions, divisions, tables et méthodes”, il vise surtout les épigones d’Aristote qui ont raffiné et multiplié les subdivisions et les catégories. Pour La Bruyère, Théophraste est bien un successeur d’Aristote : il aurait simplement, en guise d’exercice de rhétorique, appliqué les préceptes fournis par Aristote concernant l’éloge et le blâme : 

Tel est le traité des Caractères des mœurs que nous a laissé Théophraste ; il l’a puisé dans les Éthiques et dans les grandes Morales d’Aristote dont il fut le disciple : les excellentes définitions que l’on lit au commencement de chaque Chapitre sont établies sur les idées et sur les principes de ce grand Philosophe, et le fond des caractères qui y sont décrits, sont pris de la même source (p. 61)

La Bruyère n’oppose pas Théophraste et Aristote : au contraire, il les tient pour complémentaires et insiste sur leur concordance. Comme Aristote, La Bruyère, adepte de la “médiocrité” (“Des Biens de la fortune”, 47), pense que “la vertu tend sans cesse au juste milieu” (Aristote, Ethique à Nicomaque, II, 5) ; mais comme Théophraste, pour faire sentir ce principe, il choisira au contraire de représenter, pour les réprouver, tous les excès. Le ton satirique de Théophraste confirmerait cette inscription dans le genre rhétorique épidictique, plutôt que dans le registre philosophique plus serein de la quête psychologique et morale. La Bruyère pense que que le projet de Théophraste a été interrompu par sa mort – il était alors déjà très âgé – de sorte que nous n’aurions gardé de son ouvrage que les chapitres traitant des vices. Par rapport au caractère philosophique, dont le paradigme serait celui du magnanime dans l’Ethique à Nicomaque, La Bruyère paraît moins abstrait, et privilégie le portrait et la mise en scène à la typologie rigoureuse (il renonce ainsi à la distinction très théorique entre vaniteux, magnanime et homme simple chez Aristote). 

Pour E. Bury, nous quittons, avec la tradition théophrastique, le terrain de la morale, pour nous placer plus directement dans la tradition rhétorique et oratoire, et donc celui de la littérature. E. Bury fait l’hypothèse que ce décrochage par rapport à la tradition philosophique tend à situer le genre des Caractères du côté des belles-lettres, et c’est même la thèse principale qu’il soutient dans son article. C’est en tout cas l’héritage de Théophraste qui détermine la pente de La Bruyère vers le comique, et d’un comique théâtral : l’auteur grec des Caractères a en effet influencé toute une tradition de la comédie, de Ménandre à Molière, dont La Bruyère est héritier : le “comique de caractère”, fondé sur des types, est en effet issu en droite ligne de cette filiation théophrastienne. Aristote et les médecins ne furent pas aussi enjoués que l’a été Théophraste dans son dernier ouvrage : le maître avare qui nourrit son valet aux dépens de son hôte (p. 90), ou qui se baigne gratis aux thermes en provoquant le scandale, autant de traits destinés à faire rire, spécifiques de cette “troisième voie” dont se réclame La Bruyère. Mais nous reverrons plus en détail ce point essentiel. Retenons pour le moment qu’on ne saurait réduire l’enjouement théâtral qu’on observe dans les Caractères à la seule influence directe de Molière, ponctuelle et pour ainsi dire anecdotique : il provient, plus profondément, d’une longue tradition de la comédie de caractère qui remonte à la comédie nouvelle

Gardons toutefois pour plus tard l’exploration des liens spécifiques entre La Bruyère et la scène théâtrale : s’il existe une tradition du Caractère moral bien représentée au théâtre, à partir des types et de l’ambition de réformer les moeurs, il n’en reste pas moins que La Bruyère choisit de pratiquer directement le genre du caractère, et non la comédie. Mais là encore, bien qu’il signale peu sa dette, il s’inscrit dans les pas de devanciers, en particulier Erasme (qu’il mentionne) et Casaubon (dont il ne parle pas).

“Les habiles d’entre les Modernes”: le renouveau humaniste

Erasme : le modèle de l’abondance

On s’étonne que La Bruyère, si attaché aux Anciens, ait choisi la phrase d’un “Moderne” comme épigraphe de son oeuvre, à partir de la quatrième édition : Admonere voluimus, non mordere ; prodesse, non laedere ; consulere moribus hominum, non officere. Erasme est le “prince des humanistes”: né à Rotterdam mais symbole de l’humanisme cosmopolite, il a vécu de 1469 à 1536. Il a pratiqué en latin de nombreux genres littéraires, imités et repris dans les langues vernaculaires. Parmi ces genres figurent des formes proches des Caractères, comme l’adage, l’apophtegme ou le colloque. La filiation érasmienne est si essentielle aux yeux de La Bruyère, qu’il tient à la manifester en tête de son ouvrage. La citation est empruntée à la Lettre à Martin Dorp, dans laquelle Érasme se justifie d’avoir eu recours à la rhétorique, et en particulier aux plaisanteries, pour traiter un sujet religieux : clef essentiel, on le voit, pour percevoir les enjeux des Caractères.

Erasme, au demeurant, féru d’Antiquité, connaît bien Théophraste, dont il raille sa timidité dans l’Eloge de la folie (“Que dire encore de Théophraste, lui qui s’avança un jour dans une assemblée pour y prendre la parole, et resta coi comme en face d’un loup”). Surtout, Erasme évoque la figure de Théophraste dans un traité sur l’abondance rhétorique 2)De copia verborum, 1510, dédié à John Colet. Il y parle des notae de Théophraste et des notationes, terme latin qui désigne les caractères (on y retrouve l’idée d’empreinte en creux : nota désigne une marque de reconnaissance). Erasme rapproche ces notationes de Théophraste des marques de reconnaissance de la comédie, explicitant ainsi (livre II, p. XLVIII) le lien entre Théophraste et une certaine tradition comique, dont nous parlions plus haut. Erasme conclut en considérant que ce sont plutôt les qualités linguistiques et littéraires qui recommandent Théophraste, plutôt que ses vertus proprement philosophiques : “Les Caractères me semblent être l’ouvrage d’un grammairien plutôt que d’un philosophe.” Pour Erasme, donné par La Bruyère comme un maître, les Caractères sont bien avant tout un genre rhétorique plus qu’un genre moral, et qui se caractérise non par la brièveté, mais plutôt par l’amplification (copia). Le traité de la copia était bien connu à l’époque moderne : il était considéré comme un manuel pour trouver de l’inspiration, un manuel d’invention, afin d’éviter à l’écrivain de rester sec et de “tourner court” 3)voir sur ce point Marc Fumaroli, L’Age de l’éloquence, Genève, Droz, 1976, p. 100.

Emmanuel Bury propose de voir comme un héritage de la copia érasmienne le recours à des formes variées : portrait, dialogue, réflexion, maxime… une panoplie de genres qu’offre la tradition néo-latine, en particulier issue d’Erasme. La Bruyère refuse de se laisser enfermer dans une forme unique à la façon de La Rochefoucauld, de même qu’il ne veut pas être identifié comme le maître du seul art du portrait. Il cultive la varietas dont la copia érasmienne lui fournissait le principe :

Quelques-unes de ces remarques le sont [brèves], quelques autres sont plus étendues : on pense les choses d’une manière différente, et on les explique par un tour aussi tout différent, par une sentence, par un raisonnement, par une métaphore ou quelque autre figure, par un parallèle, par une simple comparaison, par un fait tout entier, par un seul trait, par une description, par une peinture : de là procède la longueur ou la brièveté de mes réflexions.  (p. 120-121).

Cette variété frappa Pascal Quignard, dans sa Gêne technique à l’égard des fragments (p. 66-67). L’essayiste tente un relevé non exhaustif des formes multiples présentes dans Les Caractères:

Ce sont des petits problèmes curieux posés tout à coup laissant la réponse incertaine, un emportement brusque, une remarque tendre, ou une confidence mélancolique (II, 9 ; IV, 63, 85); un cri violent qui paraît arraché (“Des Grands”, 25), une maxime plus sentencieuse (IV, 24, 31), une définition sèche (IV, 47), une allusion réaliste (VI, 16 ; III, 7 ; VII, 6), une petite dissertation grammaticale (XIV, 73) 4)“sans souci de plaire”, écrit Soler p. 87, une hébétude qui se révèle une lourde malice, une argumentation philosophique plus scolaire (XVI, 36), une petite scène de roman (VI, 6), une objurgation morale (V, 37), une métaphore longuement filée (“Des Grands”, 50 ; X, 29), une question délicate (IV, 24), un morceau de patois, une notation pédante ou ingénieuse, une description fidèle (VII, 10 ; VIII, 17), un trait qu’inspire une méchanceté pure (I, 46 ; V, 75), une liste d’objections réfutées point par point (XVI, 43), des petits tableaux hallucinés de la campagne ou de la ville (XI, 28 ; VII, 19), une lourde construction morale (II, 11 ; IV, 71); une mise à nu cinglante (II, 27); une anecdote tirée de l’histoire ancienne (XII, 16), une oraison funèbre (X, 9), un compte rendu de voyage (VIII, 74), un pastiche (V, 30), un monologue intérieur (XIV, 19), une inscription romaine (XII, 106), une harangue (XII, 118), des dialogues, enfin mille sortes de portraits, miniatures en pied, rébus, comédie, biographie, etc”. 

Quignard, qui souligne aussi la “variété des attaques”, est sensible à la “non-solidarité” entre les morceaux. Différents indices suggèrent que La Bruyère suit consciemment les leçons d’Erasme en faveur de la varietas et de la copia : par exemple la tendance à l’amplification systématique d’une édition à l’autre. Amplification, explication, variété, recours à l’épidictique, diverses formes de répétitions, ou encore accumulation (d’exemples en particulier), autant de principes d’abondance et d’enrichissement du texte que préconise Erasme et que cultive La Bruyère. Ces figures de dilatation sont nombreuses : énumération, antanaclase, polyptote, paradiastole, anadiplose… l’expolition (déploiement d’une information unique dans un développement étendu, au moyen de variations), la paraphrase (ajout d’informations secondaires à l’information principale). Le goût de la collection, et les figures de collectionneurs, peuvent s’expliquer aussi par ce goût de la copia et de ses accumulations : ainsi le curieux (XIII, 2), figure extrême de la curiosité universelle, qui fait l’objet d’une série de variations et d’amplifications. Cette longue remarque, très construite, peu fragmentaire, se présente comme une collection de collections, composée en un style jubilatoire. La copia est présentée non comme un artifice rhétorique, mais comme mimétique de la diversité du réel : “qui pourrait épuiser tous les différents genres de curieux?” (i.e. de collectionneurs). Le fleuriste, note Soler (op. cit., p. 81), apparaît ainsi comme une abeille bourdonnante, dont les évolutions sont soulignées par des effets de sonorité (fixe, lasse, assit…. ouvre de grands yeux, se frotte les mains…). Dans le portrait de Diphile, la rhétorique de l’abondance et de la gradation confine à la métamorphose, ainsi dans le rythme ternaire “il est huppé, il gazouille, il perche”. La déshumanisation se poursuit dans le portrait de l’entomologiste ami des lépidotpères, qui s’achève sur la disproportion, toute pascalienne, entre l’étendue du drame familial et sa cause : la mort de “la chenille”. Toute cette longue remarque sur les collectionneurs apparaît comme une illustration du divertissement pascalien, mais envisagé à travers toute les ressources de l’amplification et d’une  copia dont on trouverait peu d’exemples, en revanche, chez l’auteur des Pensées.  D’autres traits de la pensée d’Erasme ont pu séduire La Bruyère, nous y reviendrons, et en particulier son évangélisme.

Casaubon : le caractère envisagé comme un genre littéraire

Le second auteur renaissant dont l’influence fut essentielle sur La Bruyère est Casaubon (1559-1614), qui lui aussi occupe une place capitale dans la transmission et la tradition des Caractères. La Bruyère ne le mentionne pas : il s’est pourtant beaucoup servi de son édition latine et du discours préliminaire qui la précède. Dans cette préface, Casaubon évoque la vie de l’auteur, puis sa matière, enfin sa manière. La lecture de Casaubon influence d’abord La Bruyère d’une façon formelle. C’est ainsi Casaubon qui, le premier, suggère la discontinuité de l’oeuvre de Théophraste  : ce ne sont que des fragments, estime-t-il (“brevibus reliquiis”), issus d’une oeuvre inachevée. Cette interprétation encouragera La Bruyère à fragmenter son oeuvre, dans l’esprit de son modèle, du moins de son modèle lu par Casaubon.

Plus profondément, pour Casaubon, comme pour Erasme, les Caractères sont d’abord un genre rhétorique : caractère désigne une forme ou une manière d’écrire (“formam sive tractandi modum”). L’insistance mise par La Bruyère sur la double finalité de son oeuvre, “plaire et instruire”, peut aussi avoir été empruntée à Casaubon, pour qui ces deux buts de l’écriture sont justement les caractéristiques de l’écrivain moral par rapport au philosophe, qui ne se soucie pas de plaire (“juvando simul etiam delectet”). L’autre caractéristique du “poète” (de l’écrivain), pour Casaubon, consiste à savoir mettre en scène les notions et les concepts : le philosophe se contente de traiter de la vertu abstraitement (in abstracto), alors que le poète les montrent en action donnent des exemples, au lieu de se soucier des causes.

Au terme de cette analyse, Isaac Casaubon range les Caractères dans un genre intermédiaire entre philosophie et ce qu’on appellerait “littérature”:

Ce petit livre [des Caractères] appartient à un genre intermédiaire entre les écrits des philosophes et ceux des poètes. Certes le sujet en est bien les moeurs, et l’auteur se donne pour seul but de les améliorer : cela lui est commun avec le philosophe moral, et leur appartient à l’un comme à l’autre. Mais ce sujet n’est pas traité à la manière des philosophes, mais avec une nouvelle manière d’instruire (“non more philosophorum, sed novo quodam docendi genere”).

Pour Casaubon, les Caractères oscillent ainsi entre deux territoires :

  1. d’une part, l’éthique et la philosophie pratique :  de ce point de vue, l’enjeu est de définir et d’interpréter les moeurs pour tracer son chemin moral;
  2. d’autre part la rhétorique, et le genre épidictique en particulier : il ne s’agit pas de conceptualiser, mais de mettre en scène et de représenter les moeurs.

La Bruyère conservera cette ambiguïté, et en jouera même, adoptant à la fois la posture du philosophe, mais aussi celle de l’artisan et de l’horloger des mots (“Des Ouvrages de l’esprit”, 3). Il y a dans les Caractères une indécision générique assumée, que La Bruyère doit à la tradition qui le précède, bien plus qu’il ne la trouve dans un rapport direct à l’oeuvre de Théophraste. Ainsi, son Discours reprend le plan de la préface de Casaubon : la vie, la matière et la manière. 

Cette conception littéraire des Caractères de Théophraste, qui paraît évidente aux lecteurs de La Bruyère que nous sommes, ne s’imposait pas nécessairement autant en 1688: Théophraste était alors connu surtout comme philosophe, successeur d’Aristote. C’est à la tradition humaniste en général et à Casaubon en particulier qu’on doit cette récupération partielle de Théophraste par la littérature, et qui autorise ainsi La Bruyère à faire oeuvre d’écrivain. La Bruyère n’oubliera jamais cette ambivalence essentielle au genre des Caractères : ses préfaces insistent sur le sérieux moral et philosophique de son projet, mais aussi et surtout la dimension épidictique, satirique et “ingénieuse”, c’est-à-dire l’ambition littéraire qui le guide; les “peintures vraisemblables” évoquées dans la préface du discours de réception ramènent aussi les Caractères dans la tradition classique et horatienne de la mimèsis poétique, prenant “un trait d’un côté et un trait d’autre”, à la manière du poète (qui s’occupe du particulier) plutôt que du philosophe (dont l’objet est le général): c’est via l’imitation du réel et la vraisemblance que l’écrivain rejoindra, si c’est possible “l’universalité du philosophe” 5)E. Bury, p. 18. C’est pourquoi les clefs fâchaient tant l’auteur des Caractères : elles réduisaient son oeuvre à de simples anecdotes référentielles, alors que son ambition était plus haute : il prétendait atteindre la nature humaine, et non les vices particuliers de tel ou tel personnage de son temps.

Enfin, Casaubon insiste sur la ressemblance entre les caractères et les oeuvres des dramaturges (scenicis) et particulièrement des comiques (comicis): La Bruyère, en donnant un caractère très théâtral et volontiers “moliéresque” à ses textes, aura l’impression d’être fidèle à Théophraste, mais un Théophraste, une fois de plus, lu à travers le prisme de la tradition humaniste.

“Il sera donc moins question de définir une anthropologie donnée que de la mettre en oeuvre, dans le cadre d’un texte de registre épidictique, dont le but est sans doute de susciter l’adhésion à une vérité, mais par le biais du plaisir littéraire” (E Bury, introduction de notre édition, p. 15).

Caractères à la française : les prédécesseurs immédiats

Dernier aspect de la tradition dont La Bruyère est le dernier descendant : les prédécesseurs français, qui héritent des Caractères directement de Casaubon, ou à travers la médiation des anglais, qui furent de grands amateurs du genre au début du XVIIe siècle (en particulier Joseph Hall, 1574-1656, dont les Characters furent publiés en 1608).  On peut retenir ainsi L’école du Sage, ou les caractères des vices et des vertus, d’Urbain Chevreau (voir par exemple “l’homme de bien”, chapitre 2), publié en 1646 ; ou Les Peintures morales du Père Le Moyne (1640-1643): “où les passions humaines sont représentées par tableaux et par caractères”. Cette appropriation française de la tradition des Caractères tend à faire dériver le genre de l’humanisme vers la mondanité. Marc Fumaroli écrit à propos des Peintures morales qu’elles rangent Le Moyne “du côté de la jeune littérature mondaine”. Le goût pour le portrait, la maxime, etc., qu’E. Bury voit comme une influence de la tradition humaniste néo-latine, peut aussi être considérée comme une allégeance au goût du public mondain auquel sont adressés les Caractères, et qu’il convient de séduire pour mieux le corriger.

Mais par rapport aux longues pages de Le Moyne, faites pour plaire plus que pour instruite, il s’agit aussi pour La Bruyère de proposer un retour aux sources, qu’innerve le souvenir de la tradition humaniste.

La Bruyère ne serait-il pourtant qu’un simple continuateur, un adaptateur respectueux d’une tradition ? En fait, si avec La Bruyère le genre du caractère connaît son apothéose, l’ouvrage n’en correspond pas moins à sinon à cette “dissolution du genre” repérée naguère par Michael Koppisch 6)The Dissolution of Character. Changing Perspectives in La Bruyère’s Caractères, 1981, du moins à un effritement de tout l’édifice idéologique, rhétorique, épistémologique qui sous-tendait depuis l’Antiquité la pratique et la théorie du caractère. Nous le verrons dans le chapitre suivant.

References   [ + ]

1. Le Moraliste, op. cit., p. 141
2. De copia verborum, 1510, dédié à John Colet
3. voir sur ce point Marc Fumaroli, L’Age de l’éloquence, Genève, Droz, 1976, p. 100
4. “sans souci de plaire”, écrit Soler p. 87
5. E. Bury, p. 18
6. The Dissolution of Character. Changing Perspectives in La Bruyère’s Caractères, 1981

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