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Jean Lesaulnier

Témoignage de Jean Hamon sur la mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal

 



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La dernière image laissée par la mère Angélique Arnauld à ses proches a inspiré, d’une certaine manière, celle qui a longtemps être affectée à Port-Royal et au jansénisme, à ses acteurs principaux et secondaires, à ses grands auteurs, comme à ses modestes moniales. De nombreux témoignages sur la personnalité de l’abbesse, sur ses paroles remarquables, sur les circonstances de sa réforme, ne laissent planer guère de doute sur l’austérité de sa vie, la dureté de ses instructions et les rigueurs de sa morale. Assurément, si tel ou tel de ses interlocuteurs, comme Antoine Le Maistre, relève qu’avec l’un de ses bons mots, la mère Angélique l’a accompagné d’un rire non dissimulé, le souvenir qui se dégage des longues et fréquentes relations sur l’abbaye et sur sa supérieure, sur les Messieurs de Port-Royal et sur tout Port-Royal, est résumé dans les termes d’« austère » ou d’« austérité » : de doctrine dérivant de la pensée de l’évêque d’Ypres Cornélius Jansénius, le « jansénisme » finit par désigner une morale chrétienne austère et rigoriste, illustrée jusqu’à nos jours dans les journaux, les livres ou les films.

Le 14 juin 1649, un jeune diplômé de la Faculté de médecine de Paris, nommé Jean Hamon, originaire de Cherbourg, décide, à trente et un ans, de quitter le monde. En juillet 1650, il rejoint le groupe des Solitaires des Champs : il devient peu à peu le médecin des Messieurs, des religieuses et des paysans des environs. Le désert de Port-Royal des Champs a accueilli ce personnage aussi austère que souriant, dont les mémorialistes qui l’ont bien connu, Nicolas Fontaine et Pierre Thomas du Fossé, ont laissé une image saisissante :

« Il se nommait le sieur Hamon, écrit le second. Et ses mœurs ressemblaient à peu près, comme son nom [1], à un de ces anciens solitaires de l’Égypte. Il vivait au milieu de ceux qui habitaient ce désert comme s’il avait été seul. Il se levait toutes les nuits à une heure et demie et assistait régulièrement à matines, qui se chantaient par les religieuses à deux heures. Il couchait sur la dure, c’est-à-dire sur un ais placé justement au milieu de son lit, en sorte que, dans ses maladies, il faisait si bien qu’on ne s’en apercevait point, tant il était industrieux pour cacher ses bonnes œuvres. Il ne mangeait ordinairement qu’une fois le jour. Et il a passé les vingt dernières années de sa vie dans une si grande austérité qu’il ne mangeait que du pain des chiens […]. Hors le temps qu’il employait à visiter les malades de la maison, ce qu’il faisait régulièrement deux fois le jour, avec une grande application, il priait ou travaillait à tricoter, aimant surtout ce travail, qui ne le détournait point de son attention continuelle à Dieu, et qui ne l’empêchait point de jeter les yeux sur quelque livre de l’Écriture ou sur quelque autre de piété, d’où il tirait un sujet de méditer et de se nourrir de la parole de Dieu. Lors même qu’il allait à la campagne visiter les pauvres malades de tous les villages voisins, il priait ou il lisait. Et ayant besoin, sur la fin de sa vie, d’une monture pour pouvoir faire plus facilement ces visites, il allait, assis sur un âne, de village en village, tenant un livre en sa main, où il lisait comme s’il eût été dans sa chambre [2]. »

Le 28 août 1651, la mère Angélique Arnauld écrit à Mme de Villarceaux, abbesse de Gif, sa voisine : « Dieu nous a donné à la place du bon M. Pallu un médecin, qui est encore plus habile que lui. Si vous en avez besoin, il n’aura pas moins de charité pour vous servir. Peut-être que, n’étant pas encore connu, vous pourriez l’employer pour la bonne sœur de Saint-Maur [3] ». Le médecin de l’abbaye, Vincent Pallu, est mort le 22 mai précédent. « Je ne suis en nulle peine d’être sans médecin pour mon particulier, avait écrit la mère Angélique à la fin du mois de mai à Mme d’Aumont. Dieu pourvoira à tout par sa miséricorde » [4].

Jean Hamon restera le médecin de l’abbaye jusqu’à sa mort en 1687 [5], soignant les malades et composant ouvrages de spiritualité et traités de piété.

« Que n’a-t-il point lu, dit Nicolas Fontaine, que n’a-t-il point su, que n’a-t-il point écrit ? Quelles découvertes n’a-t-il point faites dans l’Écriture sainte ? De combien de talents Dieu l’avait-il enrichi, et combien de fois a-t-il été près de les lui rendre pour demeurer dans le silence ? Mais au lieu de cultiver la terre comme il le désirait et le faisait, on l’engagea de cultiver son art et ses livres pour Dieu pour le service des siens, et on craignit, en contentant ses désirs ardents pour la pénitence, de priver les âmes et les corps des secours si considérables qu’il leur a rendus, étant doublement médecin lui-même comme il le disait souvent de saint Luc, Lucas bis medicus [6]. »

Le témoignage de Jean Hamon – l’un parmi tant d’autres – offre de la mère Angélique une image inattendue et singulière de cette abbesse austère et exigeante, mais aussi clairvoyante sur François de Sales, bienveillante face à un bâtiment au plan irrégulier, indulgente à l’égard d’une fille-mère et d’une pauvre femme, ou craintive devant Monsieur Singlin. Image quasi paradoxale d’une religieuse installée en 1602 comme abbesse d’une petite maison religieuse, qui ne comprend alors qu’une douzaine de moniales, mais qui devient une communauté riche de plus de deux cents membres – c’est la mère Angélique qui l’écrit dans une lettre – et le centre d’une effervescence intellectuelle et spirituelle qui touchera tous les pouvoirs, au point de provoquer sa ruine au début du XVIIe siècle. Le paradoxe d’une frêle supérieure s’était étendu à l’abbaye centenaire elle-même : « On procéda, écrit Saint-Simon, à raser la maison, l’église et tous les bâtiments, comme on fait les maisons des assassins des rois [7], en sorte qu’enfin il n’y resta pas pierre sur pierre. »

Relation de M. Hamon, médecin de Port-Royal, contenant quelques paroles remarquables de la mère Angélique, avec des extraits d’une lettre du même sur son caractère  [8].

Comme je disais à la mère Marie-Angélique qu’il faudrait dispenser du carême des personnes faibles, qui pourraient rendre de grands services à l’Église, elle me répondit en ces termes : « Quiconque fait pénitence sert l’Église. »

Je lui parlais un jour d’un bâtiment qui était tout à fait irrégulier, les fenêtres du second étage n’ayant aucune proportion avec celles du premier : « Mon Dieu ! Que j’aime cela, dit-elle ! Que si l’on n’est point dans la pauvreté, pour le moins qu’on en conserve l’image ! »

Comme je disais mon sentiment à une de ses religieuses touchant une incommodité qu’elle avait, et que je croyais qu’elle serait obligée d’en venir aux remèdes et d’abandonner le maigre pour quelque temps, cette bonne fille, y ayant de la répugnance, eût bien voulu guérir sans cela. La mère, qui était assez proche, quoiqu’occupée et parlant de quelque affaire, se tourna tout aussitôt vers moi, et me parla en ces termes : « Vous avez grand tort, Monsieur, de ne considérer pas à qui vous parlez. Savez-vous bien que voilà une des bonnes religieuses de céans, et qu’elle est trop bonne et trop vertueuse pour manger de la viande étant malade ! Non, non, Monsieur, Dieu fera un miracle pour la guérir : c’est bien la moindre chose, elle le mérite bien ». Cette pauvre fille, reconnaissant qu’elle avait manqué, se jeta à genoux à l’heure même pour demander pardon à la mère de sa désobéissance. »

La mère Angélique me racontait un jour l’histoire d’une fille du monde qui, étant tombée dans l’incontinence [9], était devenue grosse, et avait trompé tout le monde parce qu’on la croyait vertueuse. Elle me dit qu’elle ne l’avait point trompée, parce qu’elle l’avait reconnue vaine. Cette fille, que tous louaient auparavant et que la mère seule blâmait, se voyant persécutée en suite de sa chute, se vint jeter aux pieds de la mère Angélique, auprès de laquelle elle trouva son refuge. Elle lui releva le courage, lui témoigna qu’elle n’était point surprise, et qu’elle n’en attendait pas moins pour la punition de sa vanité. Et elle prit tant de soin d’elle et de son enfant que le fait ne devint point public. Cette fille est à présent bonne religieuse en un autre monastère.

La mère m’ajouta à son occasion : « Voyez-vous ? On n’est point religieuse, ni même chrétienne, si on ne se plaît pas aux actions basses. »

Comme on eut rapporté à la mère qu’une pauvre femme hydropique, qui était nourrice, n’avait point de lait pour nourrir son enfant, qui était déjà tout sec, faute de nourriture, elle commanda tout aussitôt qu’on lui donna une vache. On trouva ensuite que cette femme s’était servie de fourberie, et que l’enfant qu’elle nourrissait n’était point à elle et qu’elle recevait de l’argent pour le nourrir, de sorte qu’elle trompait en même temps ceux d’ici et les parents de l’enfant. À cette occasion, je me plaignis à la mère Angélique que les pauvres étaient méchants et ne faisaient point de difficulté de tromper le monde. Sur quoi elle me dit que notre dureté en était la cause.

Comme je lui témoignais que j’aurais de la peine d’être longtemps sans voir N. [10], elle me répondit : « Il ne faut pas même avoir d’attache à un directeur. L’eunuque de la reine Candace ne s’attrista point de l’éloignement de saint Philippe [11]. »

Je la priais un jour de modérer ses mortifications à cause de sa santé. Elle me répondit : « Je ne songe à faire aucune mortification : je me contente d’offrir à Dieu le regret de n’en pouvoir faire ».

Comme je me plaignais un peu de ce que sa trop grande sobriété faisait tort à sa santé : « Je suis bien éloignée d’être sobre, dit-elle ; mais sachez que l’on rendra compte à Dieu des bouchées oisives, aussi bien que des paroles oisives. »

Je lui ai souvent ouï dire que le diable ne tâche qu’à nous amuser après notre conversion, afin que nous n’avancions point, et que, demeurant dans le même état, nous retombions ensuite. 

Je me plaignais de ce que je n’avais point vu N. [12] et je disais que sa connaissance m’aurait bien servi : « S’il eût été nécessaire pour votre salut, me dit-elle, vous l’auriez connu, mais rien ne nous est bon que ce que Dieu a préparé pour nous. »

Elle disait : « Il fait bon d’être exact le carême, parce que c’est le jeûne de l’Église ; mais il faut aussi l’être après le carême. Car chaque jour est un jeûne de la mortification chrétienne. »

« Il ne faut point faire de pas qui ne nous mènent à Dieu, c’est-à-dire ne rien faire que par son ordre. »

« Le malheur des hommes est plus grand que celui des femmes, parce qu’on ne les estime point infâmes pour les péchés corporels. »

« Je vois le diable dans la parole, les yeux et tous les gestes des personnes du monde. Et, à la grille, j’en ai souvent tressailli d’horreur. »

Un jour qu’elle me parlait des mortifications indiscrètes, elle dit : « Il n’y a rien que le diable aime tant, parce qu’il est ennemi des hommes, qu’il serait fâché qu’ils eussent le moindre contentement, même passager et temporel, si ce n’était pour les conduire dans un malheur éternel. C’est pourquoi il ne demande pas mieux que de les voir se tourmenter et s’affliger le corps pour se damner. 

Les gens de bien ont peu de serviteurs qui soient à Dieu parce qu’ils les traitent d’égal quand ils sont dévots. Et il n’y a rien que l’humilité et la bassesse qui nous conserve[nt] dans la charité.

C’est une chose insupportable qu’on offense Dieu par exemple. Un homme ne serait pas excusable d’être infidèle au roi, parce que son frère l’aurait trahi. »

Un jour, cela venant dans la conversation, elle me dit qu’Angers était pris. Mais comme elle me vit que je n’en avais point entendu parler, elle ajouta qu’elle ne savait si elle avait bien fait de me le dire.

« Quand je suis fort malade, me dit-elle une fois, je ne crains point la mort, mais lorsque je le suis peu ou prou ou que je me porte bien. Quand je serais assurée de ne mourir que dans vingt ans, je ne la craindrais pas moins. Ce qui passe ne m’étonne point, mais ce qui ne passe pas. »

Comme elle me remerciait de quelque chose, je lui repartis que tout ce que je pouvais faire pour elle n’était rien. « Ne dites point cela, me dit-elle, rien n’est petit lorsqu’on le fait pour Dieu. »

Je la priais un jour d’écrire à M. Singlin pour qu’il se conservât. « Priez l’en, me dit-elle, vous-même : cela est bon pour d’autres. Pour moi, je n’oserais : je crains M. Singlin ». Elle frissonnait en disant cela.

Lui ayant demandé conseil sur quelque chose qui n’était pas même de conséquence, elle me dit son sentiment. Mais elle m’appela le lendemain pour me dire que ce n’était point à elle de me donner conseil, et qu’elle avait proposé ma difficulté à N. [13], qui lui avait confirmé la même chose.

Comme je lui parlais un jour de la grande douceur de M. de Genève [14], elle me repartit qu’il n’était pas doux de la manière que pensaient les gens du monde [15]. Elle m’apporta quelques exemples d’une sévérité tout ecclésiastique. Entre autres choses, elle me dit que, pendant qu’elle était sous sa conduite – elle était encore toute jeune −, elle lui dit un jour qu’elle avait scrupule de regarder quelquefois à la fenêtre, et de s’y arrêter un peu, et qu’il lui répondit en ces termes : « Eh quoi ! Ma fille, appelez-vous scrupule une action inutile dont il vous faudra rendre compte devant Dieu ? Apprenez que c’est un péché ».

Il y a quelques jours que, la mère étant au tour et M. d’Espinoy, second fils de Mme de Saint-Ange, qui s’était retiré à Port-Royal, y étant entré, elle l’appela [16]. Et comme il lui dit qu’il allait ramasser quelques hardes qui traînaient en une chambre où il avait demeuré : « Mon Dieu ! dit-elle, il faut que les personnes qui sont à Dieu soient soigneuses de ne rien perdre par leur négligence, puisque tout leur bien n’est plus à eux, mais à Dieu, s’y étant consacrés eux-mêmes ».

Lettre de Jean Hamon, sur la mort de la mère Angélique Arnauld, début d’août 1661  [17].

Vous savez celle que nous avons perdue. Je suis témoin de la charité qu’elle avait pour vous, et vous pouvez l’être de celle qu’elle avait pour moi. Je prends plaisir de me rappeler dans l’esprit tout ce que j’ai vu de cette sainte âme. J’ai admiré cent fois sa grande foi, qui ne se relevait jamais davantage que dans les accidents les plus fâcheux et les plus humiliants, qui abaissent le plus le reste des hommes. Elle était grande où les autres sont petits, et en récompense elle était petite où les autres s’élèvent. Dans les grandes afflictions, on voyait sa foi jusque sur son visage, et elle se manifestait par tous les sens. Il n’y a point de ville ni de conquêtes qui fasse chanter le Te Deum avec tant de joie qu’elle en avait, en le chantant dans le fond du cœur lorsque tout semblait perdu. La dernière parole que je lui ai entendu dire fut que « l’affliction, la peine et les maux nous étaient plus nécessaires que le pain ». Elle me dit cent choses là-dessus, mais avec une force et une certaine impétuosité de l’Esprit de Dieu qu’on ne peut se représenter, à moins que de l’avoir entendu. Je l’admirais en l’entendant parler, mais ce n’était que comme une personne qui songe et qui est à demi endormie. Il eût fallu avoir quelque chose de sa foi pour l’admirer bien, et lui porter le respect qui lui était dû. Je devais entendre Dieu parler par elle, car certainement il y était, et il l’y parlait. Mais je ne sais comment il arrive, malheureusement, que nous ne voyons les amis de Dieu que lorsqu’il nous les ôte. La familiarité, la coutume et les sens forment comme une espèce d’enchantement, et nous empêchent de rendre intérieurement et à la vue de Dieu tout le respect que nous devons à ces grandes âmes, etc.

Notes

[1] Allusion à la divinité gréco-égyptienne Ammon, qui mêle les traits du dieu d’Égypte Amon et du dieu grec Zeus et aux solitaires de la Thébaïde, province qui se situe au sud de ce pays.

[2] Pierre Thomas, sieur du Fossé, Mémoires, éd. François Bouquet, Rouen, Ch. Métérie, 4 vol., 1876-1879, t. I, p. 212-213. Voir aussi Nicolas Fontaine, Mémoires ou histoire des Solitaires de Port-Royal, éd. Pascale Thouvenin, Paris, Honoré Champion, 2001, en particulier p. 973-977, et Chroniques de Port-Royal, 16, 1987 : « Monsieur Hamon, Médecin, Écrivain et Solitaire (1618-1687) », ainsi que les pages que lui consacre Jérôme Besoigne, Histoire de l’abbaye de Port-Royal, Cologne, aux dépens de la Compagnie, 1752, t. IV, p. 275-280 : elles sont reproduites par Laurence Plazenet, dans Port-Royal. Anthologie, Paris, Flammarion, 2012, p. 472-496.

[3] Lettres de la Révérende Mère Marie-Angélique Arnauld, abbesse et réformatrice de Port-Royal, Utrecht, aux dépens de la Compagnie, 1742, 3 vol., t. I, p. 573, lettre 351 ; voir aussi t. II, p. 197-187, 207-208, t. III, 445-44.

[4] Ibid., t. I, p. 477, lettre 297.

[5] Il est accompagné et aidé pour ses soins aux religieuses et aux messieurs par un chirurgien, Raphaël Moreau, retiré aux Champs depuis 1644 : il y exerce d’abord la médecine avec Victor Pallu à partir de 1650 ; expulsé du monastère en 1656, il retournera à Port-Royal des Champs en 1668 pour la fête de Pâques, mais y meurt peu après, le 10 avril de la même année.

[6] N. Fontaine, Mémoires, éd. citée, p. 973. Voir la Relation de plusieurs circonstances de la vie de M. Hamon faite par lui-même sur le modèle des Confessions de saint Augustin, s. l., 1734.

[7] C’est-à-dire « pour les maisons des assassins des rois » : extrait des Mémoires, éd. Yves Coirault, Paris, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 1984, t. III, p. 638.

[8] « Cette relation a été écrite au mois de mars 1653 », selon une note de l’éditeur de 1742. Sa composition s’inscrit sans doute dans le cadre de l’entreprise historiographique de Port-Royal initiée par Antoine Le Maistre et sa cousine, la sœur Angélique de Saint-Jean Arnauld d’Andilly, dans les années 1651-1652 ; mais, vu son contenu et les anecdotes qu’elle rapporte, elle a pu être remaniée et complétée dans les années suivantes.

[9] C’est-à-dire « dans la luxure, dans la débauche ».

[10] Peut-être M. de Sacy, qui était directeur des Solitaires de Port-Royal des Champs ou M. Singlin, qui venait quelquefois de Paris pour les voir (note de l’éditeur de 1742). Voir les lettres de Louis-Isaac Le Maistre de Sacy (1613-1684) et celles d’Antoine Singlin (1607-1664).

[11] Voir les Actes des Apôtres, 8, 27-39.

[12] « Il paraît que M. Hamon veut parler de M. de Saint-Cyran » (note de l’éditeur).

[13] Peut-être M. de Sacy (note de l’éditeur de 1742).

[14] Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève de 1602 à sa mort, en résidence à Annecy, fréquente la mère Angélique en 1619, lors de son séjour à Paris ; sur les relations entre ces deux figures majeures du XVIIe siècle, voir Pierre Guilbert, Mémoires historiques et chronologiques sur l’abbaye de Port-Royal des Champs, Utrecht, 1759, t. II, p. 87-99 et Louis Cognet, La mère Angélique et saint François de Sales. 1618-1626, Paris, éd. Sulliver, 1951.

[15] La mère Angélique écrit dans sa « Relation autobiographique » qu’elle s’est entretenue de saint François de Sales et de la règle de la Visitation avec Jeanne de Chantal : « C’est la bonne mère de Chantal qui m’a dit cela, que j’ai cru devoir rapporter ici, pour faire voir que ce saint homme n’était point dans une dévotion doucette, ainsi qu’on la voulu persuader » (éd. de la « Relation » par J. Lesaulnier, Chroniques de Port-Royal, 41, 1992, p. 42-43).

[16] Il s’agit de Raphaël Le Charron, sieur d’Épinoy (1631-1676), l’un des fils de Mme de Saint-Ange : cette dernière, née Anne de Boulogne (1606-1667), dame de Saint-Ange (elle est prénommée par erreur, Madeleine, dans le Dictionnaire de Port-Royal, 2004, p. 611, 899-901), a été mariée à quinze ans à François Le Charron de Saint-Ange, premier maître d’hôtel ordinaire d’Anne-Autriche ; le couple, lié à la famille de Robert Arnauld d’Andilly, a une fille, Marie, religieuse de Sainte-Marie de Melun, et trois fils : l’aîné, François (1631-1702), est élevé par un M. David, éducateur éphémère de Port-Royal. Le 2e, Raphaël (1631-1676), est placé dès 1641 à Port-Royal, où il est l’élève de Claude Lancelot, aux Champs, puis à Paris ; à vingt ans, il se retire parmi les Solitaires de Port-Royal, qu’il doit quitter en 1660, avec son ami Pierre Thomas du Fossé ; en 1676, il retourne aux Champs, où il meurt le 12 septembre et où il est inhumé dans l’église près de sa mère (Jean Hamon composera son épitaphe). Anne de Boulogne est devenue religieuse de Port-Royal après la mort de son mari en 1651 : entrée comme novice en 1653, elle a fait sa profession le 20 août 1654 sous le nom d’Anne de Sainte-Eugénie ; elle est décédée aux Champs le 13 décembre 1667.

[17] Note de l’éditeur : « Nous joindrons à ceci l’extrait d’une lettre que notre pieux médecin écrivit à un de ses amis peu de jours après la mort de notre très chère mère, dont il représente le caractère principal ». La mère Angélique est morte le 6 août 1661 au monastère de Paris. Le Journal de l’abbaye revient sur les derniers temps de l’abbesse et reproduit ses dernières lettres.


Pour citer l'article :

Jean Lesaulnier, « Témoignage de Jean Hamon sur la mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal ».
Publications électroniques de Port-Royal, section des Série 2015.

URL: http://melancholia.fr/biblio/?Temoignage-de-Jean-Hamon-sur-la.html

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