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Jean Lesaulnier

Bossuet et Port-Royal, Le témoignage du Recueil de choses diverses

 



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  Sommaire  

Il est sans doute intéressant, pour comprendre la vie et les choix d’un écrivain ou d’un prédicateur, de relever des notations, même brèves, même allusives, prises sur le vif ou comme attrapées au vol lors d’une conversation banale de gens ordinaires. Tel semble bien être le cas d’un texte exceptionnel, pour un homme qui ne l’est pas moins, le futur évêque de Meaux, Jacques-Bénigne Bossuet : les érudits et les historiens ne s’y sont pas trompés.

La première citation d’un extrait du manuscrit de la Bibliothèque nationale de France connu sous le nom de Recueil de choses diverses et conservé sous la cote : ‟Nouvelles Acquisitions françaises” 4333, fut donnée, en 1883, par Alphonse Pauly, dans son édition des Maximes de La Rochefoucauld [1]. Mais il faut attendre le début du XXe siècle pour voir publiés, sous la plume d’un excellent historien, Eugène Griselle, de nombreux textes issus du même Recueil et concernant divers prédicateurs du XVIIe siècle, en particulier Bossuet et Bourdaloue [2]. Plusieurs autres chercheurs puiseront dans le manuscrit 4333 de nombreux extraits, plus ou moins longs sur divers auteurs contemporains de ces grands prédicateurs et sur certains écrivains touchant de plus ou moins près à Port-Royal.

Ce sera notamment le cas, un demi-siècle plus tard, avec les beaux et fructueux travaux de Jean Orcibal et de Jean Mesnard, travaux relatifs à l’histoire des milieux et des ouvrages qu’on appellera ‟jansénistes” ou ‟port-royalistes”. Tout un pan de l’histoire littéraire, philosophique et religieuse s’en trouvera ainsi éclairé et approfondi : il n’est, pour s’en convaincre, que d’évoquer le titre de l’article de Jean Orcibal sur « Descartes et sa philosophie jugés à l’hôtel Liancourt (1669-1674) » [3] et de ses écrits sur Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran [4], ainsi que les résultats des recherches de Jean Mesnard qui ont donné lieu à sa publication des Œuvres complètes de Blaise Pascal [5].

Des recherches de J. Orcibal et de J. Mesnard et des nôtres, signalées plus haut, on peut tirer plusieurs conclusions sur l’origine du Recueil de choses diverses [6] : le manuscrit original a fait l’objet d’une réécriture, fondée sur des résumés et des condensés de conversations tenues, pour beaucoup, à l’hôtel des Liancourt, situé rue de Seine à Paris, ainsi, vraisemblablement, que dans d’autres lieux et milieux. Ces conversations, qui portent sur toutes sortes de sujets, de littérature et d’histoire, mais également sur la vie de l’Église et sur la vie quotidienne de leurs participants, sont le fait d’amis de Port-Royal essentiellement ou de milieux proches de l’abbaye et des théologiens de Port-Royal. Elles ont été sans doute consignées dans une sorte de journal, remontant aux années 1670-1671, qui pourrait avoir été composé au jour le jour par un docteur de Sorbonne, identifié selon toute vraisemblance, avec Jean Deslyons, familier des Liancourt et de l’oratorien Toussaint Desmares.

Parmi les interlocuteurs du Recueil de choses diverses, Bossuet figure en bonne place. Notre auteur connaît cet ecclésiastique nommé évêque de Condom le 13 septembre 1669 et sacré le 21 septembre 1670. Un ami souvent cité, François Dirois, familier de César d’Estrées, évêque de Laon, croit savoir la cause de la nomination de l’ancien archidiacre du diocèse de Metz sur ce siège : « Ce qui a fait M. Bossuet, ç’a été la mésintelligence que M. Le Tellier père a eue avec M. Le Camus, parce qu’il fallait produire un homme de grand mérite pour supplanter M. Le Camus, à qui le roi avait dessein de donner Condom » (texte ci-dessous n° 13). Et c’est ce même proche de Port-Royal, l’ancien maître des Petites Écoles François Dirois, ‒ il s’est éloigné de ses théologiens depuis quelques années sans rompre avec eux ‒, que l’on retrouve à plusieurs reprises en train de dialoguer avec celui qui assure alors la fonction de précepteur du Dauphin [7] : une tâche que Bossuet est loin d’apprécier, semble-t-il.

En effet, ‒ selon un jugement provenant très certainement de son précepteur ‒, « le Dauphin ne saurait rien apprendre, tant il est léger. Il craint et n’aime pas M. de Montausier […] », et l’auteur du Recueil d’ajouter : « M. de Condom se trouve fort gêné à l’éducation de M. le Dauphin. Il faut qu’il suive le roi partout », et plus loin, il « se lasse, à son âge, de se réduire à la grammaire » [8]. En 1670-1671, il demeure à Saint-Thomas du Louvre.

Le Recueil de choses diverses enregistre divers propos et jugements sur la personnalité de Bossuet et sur son caractère, sur ses prédications, sur ses goûts en matière littéraire et ses lectures des auteurs anciens ou des Pères de l’Église. Certes ces propos, souvent anonymes, sont limités et, d’une certaine façon, décevants. Ils évoquent néanmoins, de manière furtive, certains aspects méconnus du futur membre de l’Académie française ‒ il le deviendra en 1671 ‒ et du futur évêque de Meaux ‒ il le sera dix ans plus tard ‒, à un moment important de l’histoire de l’Église de France, au lendemain d’un accord historique, celui qui fut nommé l’‟accommodement des jansénistes” [9] ou, autrement, la paix de l’Église.

  • Source des textes du Recueil sur Bossuet
  • B.N.F., n. a. f., 4333, ff. 21 v°, 36 r°, 44 r°-v°, 139 v°-140 r°, 154 v°, 166 r°-v°, 203 r°-v°, 205 r°, 233 v°-234 r°, 279 v°-280 r°, 312 v°-313 r°, 326 r°-v°, 352 v°-353 v°, 366 A v°-367 B v°.
  • Édition des textes
  • Jean Lesaulnier, Port-Royal insolite. Édition critique du ‟Recueil de choses diverses”, Paris, Klincksieck, coll. Port-Royal, 1992, p. 213 [texte ci-dessous n° 1], 239 [2], 252-253 [3], 362-363 [4], 380 [5], 394-395 [6], 435-436 [7], 437 [8], 467 [9], 518-519 [10], 556 [11], 571 [12], 603-605 [13], 625-626 [14].
  • Bibliographie
  • Eugène Griselle, « Supplément au Predicatoriana », Bulletin du Bibliophile, août 1905, p. 308, 353-355, 367-378.
  • Id., « Le ton de la prédication avant Bourdaloue », Revue des Sciences Ecclésiastiques, 2, 1905, p. 308-337.
  • Id., « Bossuet d’après ses contemporains. Notes extraites de manuscrits du temps (1670-1678) », Revue Bossuet, 6e année, 1905, p. 104-106.
  • Id., Histoire critique de la prédication de Bourdaloue, Paris, Beauchesne, (reproduction Slatkine, 1971), 1901-1906, 3 vol., t. III, p. 322, 455*-461*.
  • Id., « Pascal et les pascalins d’après des documents contemporains », Revue de Fribourg, juillet 1907 et janvier-avril-mai 1908, (et tiré-à-part, Fribourg, Impr. de l’œuvre Saint-Paul, 1908, 84 p.).
  • Id., « Silhouettes jansénistes et propos de littérature et d’histoire au dix-septième siècle », Revue d’Histoire Littéraire de la France, 1910, p. 137-145 ; 1911, p. 421-439 ; 1916, p. 216-247 ; 1919, p. 419-445 (la publication de Griselle est inachevée [10]).

 [1]

  • Sous ce titre : Jugement des auteurs du XVIIe siècle… figure une série de remarques [11] sur des ‟auteurs” ou des écrivains, jugements qui proviennent de conversations auxquelles prennent part des amis de Port-Royal, comme Nicolas Manessier, théologien, et François Le Bon, ancien maître des Petites Écoles de Port-Royal, ainsi qu’un ancien jésuite appelé Achille de La Valterie. Ces jugements portent sur des écrivains de la fin du XVIe siècle ou du XVIIe tels que Jacques Amyot, Nicolas Coëffeteau, le cardinal d’Ossat, Montaigne, Voiture et Balzac, Nicolas Perrot d’Ablancourt, le cardinal du Perron ; sur des auteurs port-royalistes : Robert Arnauld d’Andilly, Antoine Arnauld, Louis-Isaac Le Maistre de Sacy, Godefroy Hermant, l’abbé de Saint-Cyran, Pierre Nicole ; sur quelques « jésuites qui parlent bien latin », et enfin sur des ecclésiastiques contemporains : François Dirois, Bossuet, Étienne Le Camus, et Charles-Maurice Le Tellier.

Jugement des auteurs du XVIIe siècle qui ont écrit en français

M. Bossuet est au-dessus de sa science et la traite avec une délicatesse qui ne l’abandonne jamais.

M. l’abbé Le Camus [12], à présent évêque de Grenoble, donne un air de cour à sa théologie et persuade beaucoup par ses agréments.

[…].

La Valterie [13].

 [2]

  • Le titre : Évêques semble regrouper divers extraits d’une conversation entre deux ecclésiastiques, dont Bossuet [14].

Évêques

Ils ont droit de séance dans le parlement de leur ville. Du Tremblay [15].

M. le coadjuteur de Reims [16] a représenté au roi que les évêques doivent être salués devant le parlement, puisqu’ils ne seraient pas mandés aux cérémonies s’ils ne faisaient corps. Il ne fera jamais de lâcheté : il est trop fier. Il ne se soucie pas de faire des amis. Bossuet.

 [3]

  • Pour la deuxième fois dans le Recueil de choses diverses sont cités des jugements ou des opinions attribués explicitement à Bossuet, sur des auteurs anciens, Cicéron et Virgile, sur l’Écriture, saint Augustin et saint Jean Chrysostome, sur Aristote, et peut-être sur des traductions de Port-Royal : celle de Plaute par Pierre Lombert, et celles de saint Augustin [17].

Jugement d’éloquence

M. Bossuet estime que les plus beaux livres de Cicéron, ce sont les Lois.

Il dit que le goût de Virgile tient plus que celui de Cicéron, comme le goût des fruits tient plus que celui des viandes.

Il tient que les poètes sont comme les peintres, qui ne font que donner de belles images.

Que l’Écriture est pleine de ces images.

Que saint Augustin et saint Chrysostome, l’un établit des principes, l’autre donne des images. Il estime que ce sont les deux plus grands Pères, que l’un sans l’autre ferait des prédicateurs rampants.

Aristote, Sur l’âme

Il n’enseigne que du galimatias sur le sujet de l’âme avec son entéléchie, qui est comme une disposition des organes, de sorte qu’il semble qu’Aristote reconnaît un entendement agent séparé du corps.

Théodoret tient qu’Aristote a cru l’âme immortelle.

Écriture

Plus les Pères sont anciens, plus ils parlent de l’Écriture. Les autres, qui sont venus, ont parlé des Pères ; puis les scolastiques ont mêlé l’Écriture avec les Pères et les philosophes. Saint Thomas n’a pas réussi sur ce qu’il dit de l’âme, sur Aristote.

Horace donne de beaux traits, hardis, vives images.

De toutes les bagatelles, la poésie est la plus jolie. Bossuet.

Traduction. Plaute. Térence. Saint Augustin

M. de Sacy avoue que la traduction des Captifs par M. Lombert vaut mieux que celle qu’il a faite sous le nom d’un autre [18].

M. Lombert a traduit trois comédies de Térence, non imprimées [19].

Saint Augustin, Sur les Pseaumes, n’est pas si beau à traduire, à cause des redites [20].

 [4]

  • L’auteur ou le copiste du Recueil de choses diverses a regroupé sous ce titre : MM. Arnauld et Nicole des jugements anonymes, selon toute apparence, et très brefs, pour ne pas dire à l’emporte-pièce, sur les deux amis de Port-Royal, ainsi que sur Patru, Bautru, Bossuet, jugé « un peu précieux », sur le romancier Marin de Gomberville et son Polexandre, ainsi que sur Guillaume , évêque de Périgueux, sur lequel interviennent Bossuet et un docteur de Sorbonne appelé Louis Picques [21].

MM. Arnauld et Nicole

M. Arnauld [22] est plus réservé à dire son sentiment que M. Nicole [23] : il ne rabaisse personne.

Patru. Bautru. Bossuet.

Patru a fait imprimer ses Plaidoyers, qui sont très purs [24].

Bautru était un homme qui rêvait [25] : il cherchait des points et faisait toujours venir ses gens à ses bons mots.

Bossuet : un peu précieux.

Polexandre

On imprime le Polexandre de M. de Gomberville, où il fait agir les passions [26].

M. de Périgueux [27]

M. de Gomberville dit que M. de Périgueux n’a point de fonds, qu’il n’a point lu les Pères, qu’on a fait des chansons à Dax sur ce qu’il avait une fille et son père chez lui.

M. de Périgueux est heureux, dit M. Bossuet, que, ne sachant rien, il s’est toujours fait estimer. Comme il a beauté d’esprit, il enchérit toujours sur les pensées des autres. Il avait beaucoup de sermons devant lui qu’il consultait. M. Picques.

 [5]

  • Ce titre : De M. l’abbé Le Camus porte sur un ami de Bossuet et de François Dirois, Étienne Le Camus. Les propos rapportés pourraient provenir d’une conversation entre Bossuet et Dirois [28].

De M. l’abbé Le Camus

À la Cour, on n’aime pas les gens d’extrémité, d’une grande dévotion, comme l’abbé Le Camus.

L’histoire de sa débauche est fausse et falcissime, dit M. Bossuet [29].

M. Dirois [30] dit que cet abbé est savant, habile, bel esprit, que peu de docteurs lui ressemblent.

 [6]

  • Le passage qui suit livre une information sur un jésuite au patronyme incertain, signée d’un autre ancien membre de la Compagnie de Jésus, et sur le père Louis Bourdaloue. L’intérêt principal de cette page est qu’elle rapporte l’opinion d’un ancien jésuite sur un autre ancien jésuite et qu’elle réunit Bossuet et François Dirois, comme nous l’avons déjà vu, mais aussi Nicolas Manessier et un ancien ministre protestant, Joseph Arbussy, récemment converti au catholicisme (1670), et, semble-t-il, un autre intervenant : le comte de Meschatin [31].

Le P. Toubart [32]

Qui a deux fois plus d’esprit que le P. Bourdaloue [33], est sorti des jésuites, la nuit, sans démission, parce qu’on ne l’avait pas satisfait sur une calomnie. Il faudra qu’il obtienne sa démission. La Valterie.

P. Bourdaloue

M. Bossuet dit qu’il est moral, a de la netteté et de la facilité, point de dessein ni d’élévation. Il parle assez bien.

Dirois ita et sentit [34].

M. Arbussy [35], ministre converti de M. de Turenne [36], n’approuve point le P. Bourdaloue : il avance de mauvaises propositions, par exemple, que les confesseurs sont les ministres de la miséricorde de Dieu et qu’ils ne doivent pas imposer de rudes pénitences, mais que c’est aux pénitents à se les imposer. Il avance quelquefois des propositions hardies.

M. Arbussy trouve à redire que nos prédicateurs citent les Pères aux endroits que l’Écriture a encore mieux expliqués, par exemple sur le péché.

M. Bossuet

A de belles choses. Ses discours ne sont point achevés. Il ne tient pas tout ce qu’il promet.

M. Varet [37]

M. le comte de Meschatin [38] estime que son style, dans son Factum de Sens, n’est ni fort ni délicat.

Il trouve quelque chose à redire dans son système, aussi bien que M. Manessier [39], qui n’exclut pas les prêtres des conciles, selon le premier concile des apôtres.

Estius [40]

On l’estime sur la scolastique, qu’il faut savoir, sur saint Paul.

Estius, ne pouvant expliquer comment Dieu damne, en vertu du péché originel, ceux à qui il a pardonné dans le baptême, s’est déterminé à suivre la réprobation négative, dit M. Manessier. Voilà tout son fondement. Il faut dire que Dieu n’a résolu de les tirer de la masse que pour un temps.

 [7]

  • L’auteur du Recueil consigne, dans les lignes qui suivent, divers jugements de Bossuet sur l’oraison funèbre, sur les épitaphes, ainsi que sur le prédicateur oratorien Guillaume Le Boux : jugements émis vraisemblablement au cours d’une conversation [41].

Règle de l’oraison funèbre

Il y faut peu de lieux communs. Il faut se conformer [42] toujours dans son sujet, en quoi tous les prédicateurs ont échoué dans l’oraison funèbre d’Anne d’Autriche [43]. Après avoir parlé de son sujet, on peut insinuer quelque lieu commun, mais il faut toujours représenter son sujet à son auditeur. M. de Périgueux s’est trop étendu sur les lieux communs dans son oraison funèbre de M. de Rouen [44]. Ce sont des prédications. Pour la division, il la faut faire naturelle et prendre celle qui nous ouvre un plus beau champ.

Bossuet.

Épitaphes

Il faut une grande beauté dans les épitaphes ; mots propres. Idem.

 [8]

  • Les jugements suivants sur Pascal, Bossuet et Huet paraissent provenir d’une conversation entre Martin de Barcos, neveu et successeur de l’abbé de Saint-Cyran et un ancien élève des Petites Écoles de Port-Royal, Pierre Lombert, connu surtout comme traducteur, ce qui laisserait supposer un voyage ou un passage de Barcos à Paris [45].

M. Pascal. M. de Saint-Cyran

M. de Barcos [46] dit que M. Pascal a été foudroyé de Dieu comme un pygmée [47] ; que ce n’était pas à lui à parler de la religion ; mais M. Lombert [48] dit que M. Pascal avait plus d’esprit que lui et que son livre est fort utile [49].

M. de Saint-Cyran est assez arrêté dans ses sentiments. C’est un saint d’une vie sans exemplaire.

Oraisons funèbres. Préface de M. Huet

M. Lombert ne goûte nullement l’Oraison funèbre de M. Bossuet [50]. Il goûte la préface de M. Huet [51] à cause de sa suite, de ses liaisons, non pour ses raisons.

 [9]

  • L’Oraison funèbre de la reine d’Angleterre de Bossuet est l’objet de remarques dues à un ecclésiastique parisien [52].

Oraison funèbre de la reine d’Angleterre

Cette pièce de M. Bossuet [53] a été beaucoup estimée, quoiqu’on l’ait trouvée trop poétique ; mais, si le style poétique peut avoir quelque lieu, il me semble qu’il ne peut pas mieux être placé que dans ces sortes d’ouvrages. Le style naturel est pourtant infiniment plus beau. M. Barré [54] l’estime.

 [10]

  • Le Recueil enregistre dans les lignes suivantes divers renseignements sur le Dauphin et son entourage, dont Bossuet, « M. de Condom », ainsi que sur les cousins du fils de Louis XIV, enfants du prince et de la princesse de Conti [55].

M. de Périgny. M. de Condom

M. de Périgny [56] est mort parce que M. de Montausier [57] lui reprochait qu’il ne savait point de grec. M. de Condom l’apprend présentement.

M. le Dauphin [58]

A de l’esprit, mais, comme les enfants, point d’application. Les deux princes de Conti [59] sont merveilleusement avancés ; l’aîné a des points d’esprit et de vivacité.

[11]

  • Les présents jugements sur Bossuet et Mascaron proviennent de François Dirois, que nous avons déjà rencontré [60].

M. Bossuet

N’a pu, ce semble, surmonter cette honte, qu’on sût qu’on n’eût pas considéré son mérite. C’est une espèce de déshonneur de voir des gens passer devant nous qui n’ont pas un plus grand mérite : on se résout à être évêque, à quitter Paris [61].

P. Mascaron [62]

Son éloquence : trop poétique ; belles pensées, belles descriptions, peu chrétiennes, peu utiles ; peu de preuves. […]. Dirois.

 [12]

  • Après une série de propos attribués explicitement à François Dirois, l’auteur du Recueil de choses diverses relate divers jugements sur deux anciens élèves de Petites Écoles de Port-Royal, Sébastien Le Nain de Tillemont et Pierre Thomas du Fossé : jugements provenant de Denis Lombert, le père de Pierre, condisciple de ces élèves. Suit un propos anonyme sur un archidiacre de Notre-Dame soutenu par Bossuet [63].

MM. de Tillemont et Du Fossé

Élevés par M. Le Maistre dans un style enflé, ne réussiront pas à écrire. Lombert, le père [64].

M. Du Plessis [65]

Archidiacre de Notre-Dame et chanoine : on parle de le faire évêque de Tulle. Il est porté par M. de Paris [66] et l’évêque de Condom.

 [13]

  • Les jugements qui suivent sur plusieurs personnages [67], dont Bossuet, pourraient provenir d’une conversation de François Dirois et de Louis Touret. Si nous avons déjà rencontré le premier de ces interlocuteurs, dont le nom figure souvent dans le Recueil de choses diverses, en revanche celui de Louis Touret est plus rare. Il s’agit d’un ancien père de la congrégation de la Doctrine chrétienne, où il enseigne très jeune la théologie. Dès le début des années 1650, il connaît Jansénius par cœur. En 1662, il est curé d’Épineuse, adoptant alors des positions extrêmes sur le sujet du formulaire, qu’il refuse de signer. En 1663, il devient principal du collège de Clermont-en-Beauvais, et rend visite à Mathieu Feydeau à Alet [68]. Il se lie avec la famille Périer, ainsi qu’avec Jean-Jacques Barrillon et Guillaume Le Roy, abbé de Haute-Fontaine. En 1670-1671, il fréquente l’hôtel de Liancourt, et Paul Pellisson avant la conversion de ce dernier. Il prépare alors un ouvrage sur saint Paul, qui paraît en 1678, sous le nom de M. de Sainte-Catherine : Explication littérale des épistres de saint Paul. Il meurt vers 1686.
  • On peut relever les remarques intéressantes sur le Bossuet familier, précepteur d’un jeune homme qui « ne saurait rien apprendre, tant il est léger » : l’évêque de Condom « se lasse, à son âge, de se réduire à la grammaire », mais aussi sur Jean-Baptiste Colbert, César d’Estrées, évêque de Laon, et Étienne Le Camus, évêque de Grenoble, sur l’entourage du Dauphin [69], sur l’abbé de Villars et ses deux lettres contre Corneille et Racine [70], et sur quelques autres contemporains : Jacques Rohault et le cardinal de Bouillon, et sur le cardinal du Perron (le Perroniana a été publiée en 1667 par les frères Pierre et Jacques Dupuy).

M. Colbert

Est juste et un peu dur [71].

M. de Laon. M. Le Camus

M. de Laon [72] est parfaitement homme d’honneur et d’une politique trop raffinée.

On croit que si le roi avait à se convertir, il prendrait M. de Grenoble pour son directeur.

Critique de Bérénice

Par l’abbé de Villars sur Corneille et Racine [73]. Il traite Racine comme un homme qui n’a point de jugement ni de conduite et lui dit bien des injures. Il maltraite Quinault [74] aussi dans sa critique.

Cet abbé n’est pas un esprit réglé. Il affecte certains mots pour paraître homme d’esprit.

M. le Dauphin

Ne saurait rien apprendre, tant il est léger. Il craint et n’aime pas M. de Montausier. Il demande d’abord à ceux qui le viennent voir s’ils savent un mot latin : il les traite d’ignorants, si[non].

M. de Condom se trouve fort gêné à l’éducation de M. le Dauphin. Il faut qu’il suive le roi partout. Il n’aime pas M. Huet, qui n’est pas de cœur.

Viande. Chair.

M. Touret croit qu’avant le déluge les hommes mangeaient de la viande, fondé sur ce qu’Abel nourrissait des troupeaux et en sacrifiait. Et ainsi ce n’est pas une nouvelle permission que Dieu donne à Noé de manger des animaux. M. Dirois ne s’éloigne pas de ce sentiment.

M. Rohault [75]

Picard, bon philosophe, cartiste [76] et mathématicien, parle exactement : style dogmatique admirable ; a peu de mémoire.

Cardinal du Perron [77]

Ne savait pas si bien les choses qu’on les sait à présent ; on peut réfuter son Perroniana.

Cardinal de Bouillon [78]

M. Le Sauvage [79], docteur, en quatre ou cinq ans lui a appris ses humanités, ensuite la théologie, en sorte qu’il lui doit tout ce qu’il sait. Il en a contracté un mal de poitrine. Le cardinal lui a donné une de ses abbayes, de quatre ou cinq mille livres de rente et l’a fait son camérier. Il est gentilhomme. Dirois.

Évêque de Condom

Ce qui a fait M. Bossuet, ç’a été la mésintelligence que M. Le Tellier père [80] a eue avec M. Le Camus, parce qu’il fallait produire un homme de grand mérite pour supplanter M. Le Camus, à qui le roi avait dessein de donner Condom. Dirois.

M. Bossuet est un homme doux, qui parle toujours avec réflexion, en écoutant la vérité, qui veut faire son devoir, qui aime à être à lui pour faire des réflexions, qui se lasse, à son âge, de se réduire à la grammaire, qui, dans la religion, ne se conduit point par des vues humaines, qui est d’un naturel tendre, complaisant, doux. Il est éclairé et pénétré de la vérité.

 [14]

  • M. de La Brunetière, sur lequel portent les présentes indications [81], est bien connu de Bossuet, comme on l’a vu, puisqu’au début des années 1670, il est son commensal à Saint-Thomas du Louvre : « On parle de le faire évêque de Tulle, lit-on plus haut. Une confirmation de la datation du Recueil de choses diverses est apportée par une lettre d’Antoine Arnauld, du 10 avril 1671 : « Notre nouvel archevêque paraît fort bien disposé pour entretenir la paix. Je ne doute point qu’on ne vous ait mandé tout ce qu’il a déjà fait pour cela, ayant mis des docteurs fort honnêtes gens comme MM. Porcher, de Lamet, Fortin, Le Vaillant, entre ceux qui examinent les ordinands [82] »

M. de La Brunetière [83]

On l’éloignera par un petit évêché. M. de Paris [84] l’a rembarré sur ce que, voyant la liste des examinateurs, il a dit que c’étaient des gens de la nouvelle doctrine. M. de Paris a dit qu’on ne parlait plus de cela. Les examinateurs, c’est M. Porcher, Le Vaillant, Lamet [85].

M. Bossuet a demandé au roi qu’il priât M. de Paris de retenir pour grand vicaire M. de La Brunetière. Je n’aurais pas voulu faire cette démarche [86].

Notes

[1] La Rochefoucauld, Maximes. Premier texte imprimé à La Haye en 1664, et collationné sur le Ms. autographe et sur les éditions de 1665 et de 1678. Précédé d’une préface, par Alphonse Pauly, Paris, Damascene Morgand, 1883, p. XVIII-XX : extraits du Recueil de choses diverses, ff. 99, 116 r°-v°. A. Pauly (1830-1909), conservateur à la Bibliothèque nationale, publia les œuvres de plusieurs auteurs du XVIIe siècle, en particulier Corneille, La Fontaine, Molière.

[2] Voir ci-dessous les indications bibliographiques relatives aux travaux sur ces deux auteurs. Ancien membre de la Compagnie de Jésus, Eugène Griselle (1861-1923) consacrera l’essentiel de ses recherches à la vie et à l’œuvre du jésuite Louis Bourdaloue, comme on le verra ci-dessous, sans oublier la vie et l’œuvre d’un autre prédicateur, Bossuet.

[3] Contribution publiée dans l’ouvrage collectif : Descartes et le cartésianisme hollandais, Amsterdam-Paris, P.U.F., 1950, p. 87-107.

[4] Les Origines du jansénisme. T. II et III. Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, et son temps, Paris, Vrin, 1947-1948 : ouvrages auxquels il faut ajouter deux articles du même auteur : « Les jansénistes face à Spinoza », Revue de littérature comparée, 1949, p. 441-468, et « Néoplatonisme et jansénisme : du De libertate du P. Gibieuf à l’Augustinus », dans Nuove ricerche storiche sul Giansenismo (Analecta Gregoriana, vol. LXXI), Roma, p. 33-57 ; ces deux articles ont trouvé place dans J. Orcibal, Études d’histoire et de littérature religieuses. XVIe XVIIIe siècles, études réunies par Jacques Le Brun et Jean Lesaulnier, Paris, Klincksieck, coll. Port-Royal, 1997, respectivement aux p. 59-86 et 303-325.

[5] Paris, Desclée De Brouwer, 1964-, 4 tomes parus, t. I, p. 889-895, à quoi il faut ajouter du même chercheur : Pascal et les Roannez, Paris, Desclée De Brouwer, 1965, 2 vol., passim, ainsi qu’un article signalé ci-dessous à la n. 39.

[6] Voir l’édition que j’en ai procurée sous le titre : Port-Royal insolite…, Paris, Klincksieck, 1992 (voir plus bas).

[7] Voir ci-dessous les textes [5] et [6].

[8] Pour ces dernières citations, voir le texte [13].

[9] Voir mon Port-Royal insolite, éd. cit., p. 206-207 : « M. de Bridieu nous a dit comment la paix s’était faite… » C’est toujours sous cet intitulé : Port-Royal insolite que je citerai le Recueil de choses diverses.

[10] De plus, note Jean Orcibal, « Griselle n’a pas compris où se tenaient les conversations et n’a pas cherché à en reconstituer l’ordre chronologique », Études, op. cit., 1997, p. 65, n. 32.

[11] Ces jugements s’étendent sur plusieurs pages du manuscrit, du f° 17 r° au f° 22 r°, Port-Royal insolite, p. 207-214.

[12] Étienne Le Camus (1632-1707), né à Paris, docteur de Sorbonne depuis 1656, aumônier du roi, est critiqué pour ses relations avec les milieux libertins, comme on le verra avec l’‟histoire de sa débauche”, que Bossuet dira « fausse et falcissime ». Converti, il se retire un temps chez les oratoriens de la maison d’Institution, où il demeure en 1670-1671. Il est nommé évêque de Grenoble le 5 janvier 1671, mais n’accepte cette charge qu’après avoir consulté plusieurs amis de Port-Royal : Nicolas Pavillon, évêque d’Alet, Félix Vialart, évêque de Châlons, Antoine Arnauld et l’abbé de Pontchâteau, avec qui il correspond. Sacré aux Chartreux de Paris le 24 août 1671 par Pierre du Cambout de Coislin, évêque d’Orléans, il gagne son diocèse à l’automne. Il est créé cardinal le 2 septembre 1686 et meurt à Grenoble : il a laissé une empreinte profonde dans son diocèse. La mention : « à présent évêque de Grenoble » paraît être une addition postérieure à la rédaction originale du Recueil.

[13] Achille de La Valterie est un ancien membre de la Compagnie de Jésus, qui, dans les années 1670-1671, est un familier des milieux port-royalistes, bien qu’il soit connu surtout par ses traductions d’Homère et d’auteurs latins. Originaire de Verneuil en Normandie (aujourd’hui Verneuil-sur-Avre), « il était sorti des jésuites après le quatrième vœu, je ne sais pourquoi », écrit Mathieu Feydeau, curé de Vitry-le-François, dans ses Mémoires inédits …, éd. Ernest Jovy, Vitry-le-François, 1903, p. 143-144 : à la Pentecôte 1670, il accompagne Catherine de Bélisy à Vitry-le-François, où elle est allée faire donner la confirmation de son petit-fils et d’une nièce par Félix Vialart, évêque de Châlons-sur-Saône : il « prêcha à Notre-Dame de Vitry le jour de la Pentecôte ». La Valterie réside alors à Paris, chez Mme de Bélisy, comme précepteur de Guillaume Thiersault, petit-fils de Catherine Angran (1621-1701), épouse de Jacques Barthélemy, seigneur de Bélisy, et fils de Marie Barthélemy († 1665) et de Guillaume Thiersault. La Valterie avoue à Mathieu Feydeau « qu’il avait prêché, étant jésuite, comme les autres, mais que ni lui ni eux ne s’amusaient point à méditer l’Évangile, se contentant de chercher dans quelque auteur chrétien ou profane de quoi entretenir leur auditoire » (ibid., p. 144). On ne sait ce que devint La Valterie par la suite. Il s’attacha à publier L’Odyssée d’Homère, Nouvelle traduction, Paris, chez Claude Barbin, 1681, 2 vol. in-12 et L’Iliade d’Homère. Nouv. traduction. Paris, Vve Barbin, 1681, 2 vol. in-12, 2e éd., 1699, 1708 ; ainsi que les Satyres de Perse et de Juvénal, en 1680, 2 vol. in-12. (Voir Basil Munteano, « Port-Royal et la stylistique de la traduction », Cahiers de l’Association internationale des études françaises, 1956, vol. 8, p. 151-172). La Valterie intervient à d’autres reprises dans le Recueil de choses diverses. (La Valterie est un lieu-dit situé à Saint-Hymer, commune de l’actuel Calvados).

[14] Port-Royal insolite, p. 239.

[15] Il s’agit sans doute de Claude-Philippe Le Clerc du Tremblay († 1704), fils de Charles, gouverneur de la Bastille, sera chanoine de Notre-Dame de Paris, conseiller et aumônier du roi. Il est étudiant au collège de Navarre, lorsque, le 18 juin 1628, il est pourvu de l’abbaye de Notre-Dame de Beaulieu, en Bretagne (diocèse de Saint-Malo, dép. des Côtes-d’Armor) : un bénéfice qu’il conserve jusqu’à sa mort. Le 21 août 1659, il y rétablit la discipline en y introduisant les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève. Il est également abbé de Saint-Martin de Mondaye, au diocèse de Bayeux, de 1631 à sa mort, à l’âge de 91 ans.

[16] Charles-Maurice Le Tellier (1642-1710), fils du ministre d’État, chancelier, Michel Le Tellier (1603-1685), et frère de Louvois, devient docteur de Sorbonne en 1666. Abbé commendataire de Saint-Étienne de Caen de 1668 à sa mort, il est nommé archevêque de Nazianze et coadjuteur de Reims le 8 juillet 1668, et sacré le 11 novembre suivant, mais ne succède sur ce siège au cardinal Antoine Barberini que le 3 août 1671. Il est l’évêque consécrateur principal de Bossuet à Pontoise le 21 septembre 1670. Il meurt le 22 février 1710 et il est inhumé avec son père dans l’église Saint-Gervais à Paris. Son nom revient à plusieurs reprises dans le Recueil de choses diverses, où on lit par exemple : « Il ne vit pas en évêque. Il appuie cependant partout le bien dans l’Église et dans la Sorbonne. C’est lui qui a fait gagner le procès à M. d’Agen [Claude Joly], depuis peu en Sorbonne. Il a appuyé le bien et empêché les cabales. Dirois » (Port-Royal insolite, p. 381).

[17] Port-Royal insolite, p. 252-253.

[18] Louis-Isaac Le Maistre de Sacy (1613-1684), frère d’Antoine, est ordonné prêtre en 1649, et réside aux Granges, où il rencontre Pascal (1655). Le Nouveau Testament de Mons, dont il assume la charge principale, voit le jour en 1667. Il se consacre à la traduction et au commentaire de la Bible. Après avoir passé, de mai 1666 à octobre 1668, de longs mois à la Bastille, il retourne aux Champs. Mais il doit quitter l’abbaye le 12 juin 1679 et va demeurer à Pomponne, où il meurt le 4 janvier 1684. L’ouvrage de Plaute intitulé : Nouvelle Traduction des Captifs de Plaute, publié en 1666 à Paris, est généralement attribuée à Thomas Guyot, dit Le Bachelier, parfois à Sacy lui-même.

[19] Elles semblent ne l’avoir jamais été ; en revanche Sacy avait fait paraître les Comédies de Térence, traduites en françois, à Paris, en 1647.

[20] Antoine Arnauld publiera en 1683 une traduction des Sermons de S. Augustin sur les Pseaumes, Paris, Pierre Le Petit, 7 vol. in-8° (voir la note 22).

[21] Port-Royal insolite, p. 362.

[22] Antoine Arnauld (1612-1694) est le vingtième enfant d’Antoine Arnauld l’avocat et de Catherine Marion. Orphelin de père à sept ans et demi, il fait ses études avec son neveu Louis-Isaac Le Maistre de Sacy au collège de Lisieux, et sur les instances de sa mère, devenue religieuse de Port-Royal, il abandonne en 1632 le droit pour la théologie : bachelier en 1635, il entre en licence en 1638, soutient sa mineure en 1639 et sa majeure le 13 janvier 1640. Il accède aux ordres sacrés (sous-diaconat en 1638), et après avoir renoncé à un canonicat et à la chantrerie de Verdun, il est ordonné prêtre le 21 septembre 1640. Il est fait docteur le 18 décembre suivant. Il publie, en 1643, le premier de ses très nombreux ouvrages : La Fréquente Communion, qu’il a préparé sous le regard de l’abbé de Saint-Cyran. Il est exclu de la Sorbonne en 1656, jouant alors un rôle prépondérant parmi les amis de Port-Royal, où plusieurs de ses sœurs et parentes sont religieuses. Au moment de la Paix de l’Église en 1668, il est reçu en octobre par le nonce du pape et par Louis XIV. Après la mort de la duchesse de Longueville, craignant pour sa sécurité, il quitte la France en juin 1679, et continue à publier divers ouvrages. Il est exilé à Bruxelles, où il vit entouré de ses amis et y meurt dans la nuit du 7 au 8 août 1694 ; son cœur est confié aux religieuses de Port-Royal des Champs en novembre, en présence de Jean Racine.

[23] Pierre Nicole (1625-1695) est le fils de Jean Nicole, cousin germain de la mère Marie des Anges Suireau, abbesse de Port-Royal, et juge à la chambre épiscopale de Chartres. Maître ès arts le 23 juillet 1644, Pierre commence la théologie à la Sorbonne, et soutient sa thèse appelée tentative le 17 juin 1649. Mais il s’arrête au grade de bachelier. Il pourrait avoir rejoint les Granges de Port-Royal en 1653. Il y enseigne les belles-lettres et la philosophie, avant de devenir le collaborateur le plus proche d‘Antoine Arnauld. Il participe à la campagne des Provinciales (1656-1657), qu’il traduit en latin en 1658. Il compose plusieurs ouvrages, avec ou sans Arnauld. En 1679, il accompagne ce dernier en exil aux Pays-Bas, mais en revient l’année suivante. Il demeure à Paris dans la paroisse Saint-Médard, où il meurt le 16 novembre 1695.

[24] Il s’agit des Plaidoyers et autres œuvres d’Olivier Patru, qui ont paru à Paris, chez S. Mabre-Cramoisy, en 1670, in-4°. Patru (1604-1681, avocat, est un ami de Boileau-Despréaux, qui le vénérait comme son maître. Il entra à l’Académie française en 1640 : il en était le directeur quand la reine Christine de Suède y fut reçue

[25] Guillaume Bautru, comte de Serrant (1588-1669) est l’un des premiers membres de l’Académie française ; il voyagea dans plusieurs pays étrangers en mission diplomatique.

[26] Marin Le Roy de Gomberville (1600-1674) fait partie de l’Académie française à sa naissance. Son roman : L’exil de Polexandre fut publié dès 1619 et complété par la suite (1632-1637). À l’hôtel des Liancourt, qu’il fréquenta beaucoup, il fit la connaissance de Pierre Corneille, de Jean Chapelain et des Brienne. Il est proche de amis de Port-Royal, notamment de Robert Arnauld d’Andilly, et rend visite aux Solitaires des Granges, dont il est le voisin : il a une terre dans la paroisse de Magny-les-Hameaux. Il devint dévot, dit-on, après une grave maladie en 1641. Il meurt le 14 juin 1674, le même jour que Mme de Liancourt, et il est inhumé dans l’église de Saint-Étienne-du-Mont.

[27] L’évêque de Périgueux est alors Guillaume Le Boux, voir plus bas, texte [7].

[28] Port-Royal insolite, p. 380.

[29] Étienne Le Camus fut accusé d’avoir participé, avec de jeunes libertins, qui, lors une séance collective, où auraient donné le baptême à un cochon et à des grenouilles. Dans ses Mémoires (Paris, 1696, t. III, p.91), l’un des participants à cette séance, Roger de Rabutin, comte de Bussy, raconte que Le Camus se trouvait bien dans le château de Roissy au début de la Semaine Sainte 1659, mais qu’il n’aurait pas participé à la ‟cérémonie”. Il n’en est pas moins exilé quelque temps à Meaux ; par la suite il se convertit, recevant la défense de Bossuet.

[30] François Dirois (ou Diroys), né à Avranches en 1625, est le fils de Pierre Dirois, avocat, qui, une fois veuf, devient prêtre. Il fait ses études de théologie à Paris et entre en relation très tôt avec Port-Royal, comme ses deux frères, Pierre et Étienne. Il soutient son baccalauréat en théologie en 1649 et se lie avec Henri Duhamel, curé de la paroisse parisienne Saint-Merri, qu’il accompagnera dans ses exils successifs (Langres, Quimper, Bellême, Chalon-sur-Saône). Avec ses deux frères, il devient l’un des maîtres des Petites Écoles de Port-Royal, entre 1656 et 1659, semble-t-il. En 1660-1662, il suit les cours de théologie de l’oratorien Louis Thomassin au séminaire de Saint-Magloire au faubourg Saint-Jacques et tente d’entrer à l’Oratoire, sans succès. Il s’éloigne de ses amis de Port-Royal et se brouille avec eux. Il accomplit un voyage auprès de Nicolas Pavillon, évêque d’Alet, en compagnie d’Henri Duhamel, et, au cours de l’hiver 1660-1661, il signe le Formulaire d’Alexandre VII et il déclare que la doctrine de Jansénius est hérétique. Il polémique avec Antoine Arnauld et Pierre Nicole au sujet des religieuses de Port-Royal. Devenu entretemps docteur de Sorbonne, le 20 juillet 1666, il se rapproche de Port-Royal après la paix de l’Église et participe aux entretiens de l’hôtel de Liancourt en 1670-1671. Il réside à l’hôtel de César d’Estrées, évêque de Laon et futur cardinal, dont il devient le théologien attitré : il l’accompagne plusieurs fois à Rome (1672, 1675, 1689-1690) ; il y rencontre Leibniz, correspond de là avec Pasquier Quesnel et y intervient en faveur de Bossuet, mais contre Malebranche. Il meurt à Lyon, le 25 novembre 1690, au retour de son dernier voyage en Italie. Le nom de François Dirois est celui qui revient le plus souvent, avec celui d’Antoine Arnauld, dans le Recueil de choses diverses.

[31] Port-Royal insolite, p. 394-395.

[32] Le mot pourrait être lu également : ‟Joubart ” : personnage non identifié.

[33] Originaire de Bourgogne, Louis Bourdaloue (1632- 1704), entré dans la Compagnie de Jésus à dix-sept ans, devint l’un des plus brillants du XVIIe siècle. Le Recueil de choses diverses le compare à l’oratorien Toussaint Desmares : « Le père Bourdaloue a de la facilité. Il est assez pur. Il lui échappe quelquefois des expressions basses. Il n’a rien d’élevé ; il n’est pas savant ni exact. Il dit des choses communes nettement, utilement et populairement. Le père Desmares n’est pas pur dans son expression, mais il l’a plus noble, l’esprit plus élevé, infiniment plus d’érudition et d’onction. Il dit des choses élevées d’une manière commune » (Port-Royal insolite, p. 183-184).

[34] « Dirois a la même opinion. »

[35] Joseph Arbussy (1624-1694), né à Montauban, est un ministre qui fut attaché au vicomte de Turenne ; il a comme successeur à Montauban, où il exerce comme pasteur, en 1657, Jacques de Coras, qui se convertit au catholicisme. Après avoir enseigné l’hébreu à Montauban, Arbussy est pasteur à Bergerac en 1666. Il se convertit lui aussi au catholicisme en 1670 et publie, l’année même, la Déclaration contenant les moyens de réunir les protestants dans l’Église catholique, Paris, D. Thierry, in-8°, avec une approbation de Bossuet du 2 septembre 1670 : confirmation des liens qui unissent Arbussy et Bossuet, comme on le voit dans le Recueil de choses diverses.

[36] Le vicomte de Turenne (Henri de La Tour d’Auvergne, 1611-1675) abjura le protestantisme le 23 octobre 1668, après avoir lu en manuscrit l’Exposition de Bossuet et La Perpétuité de Pierre Nicole et d’Antoine Arnauld, et en avoir conféré avec les évêques Félix Vialart et Gilbert de Choiseul. 

[37] Alexandre Varet (1632-1676), issu d’une famille parisienne, fait des études de droit à Orléans pour devenir avocat en 1651. Il renonce au barreau et sera l’un des meilleurs théologiens de Port-Royal. En 1657-1658 il compose un ouvrage : De l’éducation chrétienne des enfants, qui voir le jour en 1666. Il est ordonné prêtre en août 1662 et devient grand vicaire de Louis-Henri de Gondrin, archevêque de Sens, et se lie avec les défenseurs les plus intransigeants de Port-Royal et des positions jansénistes sur la grâce efficace. Après avoir été l’un des plus proches collaborateurs d’Antoine Arnauld, il meurt à Port-Royal des Champs le 1er août 1676. Il est l’auteur du Factum de Sens ou pour M. de Sens, paru en 1670 (voir J. Lesaulnier, Port-Royal insolite, p. 240, 349, 415, 469).

[38] Guillaume de Méchatin ou Meschatin de La Faye (1637-1679), originaire de l’Allier, est chanoine et comte de Saint-Jean de Lyon, docteur de Sorbonne (1670). Il est nommé évêque de Gap en 1675, sacré en 1677. Il participe, en 1670-1671, à plusieurs entretiens à l’hôtel de Liancourt, où il montre beaucoup d’érudition. De santé fragile, il ne vit que quelques mois dans son diocèse, où il meurt le 20 févier 1679.

[39] Nicolas Manessier († 1694), originaire d’Abbeville, est docteur de Sorbonne en 1650. Il enseigne à Caen la théologie pendant quelques mois en 1652, avant d’en être exclu par une lettre de cachet en 1652 par une cabale conduite par les jésuites. En avril 1653, Manessier se rend à Rome avec le père Desmares pour y aider les députés augustiniens déjà présents à Rome, Louis Louis Gorin de Saint-Amour Noël de Lalane et Louis Angran. Il est exclu de la Sorbonne, en 1656, en raison de son soutien à Antoine Arnauld. Il accompagne Charles Maignart de Bernières exilé à Issoudun en 1661-1662. En 1670, il demeure chez un ami de Port-Royal, Geoffroy de Laigues, et participe à de nombreux entretiens de l’hôtel de Liancourt. Décédé le 16 janvier 1694, il est inhumé dans l’église de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, comme l’abbé de Saint-Cyran.

[40] Guillaume Hessels van Est, dit Estius (1542-1613), fut élève de Michael Baius à Louvain ; devenu docteur, il enseigna dans la même Faculté de théologie que son maître, puis à Douai, où il fut recteur de l’Université.

[41] Port-Royal insolite, p. 435-436.

[42] Correction pour « renfermer », proposée par Louis de Monmerqué, premier propriétaire connu et annotateur de Recueil de choses diverses, et retenue par E. Griselle, Revue Bossuet, 1905, p. 128.

[43] L’Oraison funèbre d’Anne d’Autriche, décédée, le 20 janvier 1666, d’un cancer du sein, fut prononcée par Bossuet au Carmel de la rue du Bouloi, le 18janvier 1667.

[44] Guillaume Le Boux (1621-1693), prononça, en 1653, l’oraison funèbre de François II de Harlay, archevêque de Rouen, alors qu’il était encore prêtre de l’Oratoire. Il fut nommé évêque de Dax en 1658 et consacré en 1660. Il prononça, comme Bossuet, une oraison funèbre d’Anne d’Autriche au Val-de-Grâce : « Je ne sais si elle fut imprimée, écrit Louis Batterel, mémorialiste de l’Oratoire ; je ne l’ai vue que manuscrite à la bibliothèque de [la maison] Saint-Honoré, dans un recueil d’oraisons funèbres in-4° » (Mémoires domestiques pour servir à l’histoire de l’Oratoire, éd. A.-M.-P. Ingold et É. Bonnardet, Paris, Picard 1903, t. II, p. 592 ; lire toute la notice Le Boux, p. 580-598). Son transfert à Dax en 1665 est annulé et il fut nommé évêque de Périgueux : il le resta de 1667 à sa mort.

[45] Port-Royal insolite, p. 437.

[46] Martin de Barcos (1600-1678) est le neveu, par sa mère, de Jean Duvergier de Hauranne, à qui il succéda, en 1644, comme abbé de Saint-Cyran après la mort de ce dernier en 1643. Il fait ses études à Louvain sous la direction de Jansénius. De retour en France, il est choisi par Robert Arnauld d’Andilly comme précepteur pour ses deux fils, le futur abbé Antoine Arnauld, et Simon Arnauld de Pomponne. Il collabore à divers travaux de son oncle Duvergier de Hauranne et du théologien Antoine Arnauld : il compose la préface de la Fréquente Communion de ce dernier (1643) et publie en 1645 deux ouvrages : De l’autorité de saint Pierre et de saint Paul qui réside dans le pape, successeur de ces deux apostres et La grandeur de l’Église romaine établie sur l’autorité de saint Pierre et de Saint Paul. En 1650, très lié avec Port-Royal, il est ordonné prêtre et se retire dans son abbaye. Opposé à la signature du Formulaire (1661), il se voit exiler à Boulogne : en fait il se cache dans Paris, jusqu’à la paix de l’Église. Il est de retour, en 1669, dans son abbaye, dont il rénovera considérablement les bâtiments et enrichira d’une belle bibliothèque (de nombreux ouvrages de cette bibliothèque se trouve aujourd’hui encore à la Bibliothèque municipale de Bourges). Après y avoir accueilli comme futur religieux Claude Lancelot, il y meurt le 22 août 1678. Voir la Correspondance de Martin de Barcos, abbé de Saint-Cyran avec les Abbesses de Port-Royal et les principaux personnage du Groupe de Port-Royal, éditée et présentée par Lucien Goldmann, Paris, P.U.F., 1956.

[47] Le mot grec ancien : πυγμαῖος / pugmaios, qui signifie « haut d’une coudée », désigne une personne de petite taille.

[48] Pierre Lombert (1636-1710), fils de Denis Lombert, est confié, avec son frère Jean, à la petite école fondée au cul-de-sac de la rue Saint-Dominique, (aujourd’hui rue Royer-Collard), à Paris, par les MM. de Port-Royal, dans une maison appartenant à Denis Lombert ; trois filles de ce dernier, Geneviève, Madeleine, Marguerite, sont pensionnaires de l’abbaye du faubourg Saint-Jacques. Avec ses condisciples, Pierre rejoint les Granges de Port-Royal des Champs en 1653. Résidant par la suite chez son père, il continue à fréquenter les amis de Port-Royal, se livrant à divers travaux de traduction, comme saint Bernard (1663), saint Cyprien (1672), La Cité de Dieu de saint Augustin (1675). Souffrant de troubles psychologiques graves, il est interné chez les frères de la Charité, à Charenton, où il meurt le 15 août 1710. Voir Jean Mesnard, « Familles amies de Port-Royal. II. Les Lombert », Chroniques de Port-Royal, 38, 1989, p. 53-100.

[49] La première édition des Pensées de Pascal a paru à Paris, chez Guillaume Desprez, avec un achevé d’imprimer du 2 janvier 1670 (une deuxième édition date de fin mars et une troisième de 1671).

[50] Il s’agit vraisemblablement, comme le suggère Eugène Griselle (Revue Bossuet, 1905, p. 109), de l’Oraison funèbre de la reine d’Angleterre, dont il est question dans le Recueil de choses diverses, plus loin (texte [9]). Elle a été prononcée par Bossuet le 16 novembre 1669, six jours après la mort d’Henriette-Marie de France, dernière des enfants du roi Henri IV et de Marie de Médicis, née en 1609 ; elle avait épousé Charles Ier († 1649), roi d’Angleterre. Voir le texte de cette oraison funèbre dans Bossuet, Œuvres, éd. B. Velat et Y. Champailler, op. cit., p. 57-81.

[51] Pierre-Daniel Huet (1630-1721), originaire de Caen, où il fait ses études chez les jésuites, puis à la Faculté de droit, voyage en Suède, puis vient résider à Paris, chez les oratoriens du séminaire Saint-Magloire, au faubourg Saint-Jacques. « Poète, galant, bon grec », lit-on dans le Recueil de choses diverses (Port-Royal insolite, p. 390), le 4 septembre 1670, il est nommé sous-précepteur du Dauphin, pour seconder Bossuet, son précepteur. Reçu à l’Académie française en 1674, il est ordonné prêtre deux ans en 1676, abbé d’Aulnay (1678), évêque de Soissons en 1685, puis d’Avranches en 1689. Il se démet de cette dernière charge dix ans plus tard et se retire à Paris à la maison professe des jésuites, où il meurt, après avoir publié de nombreux ouvrages. La « Préface de M. Huet » désigne la « Lettres de M. Huet à M. de Segrais. De l’origine des romans », qui a paru au t. I, p. 3-99 de l’ouvrage de Mme de Lafayette intitulé : Zayde, histoire espagnole, auquel Segrais (Jean Regnault de) avait mis la main et donné son nom, Paris, Claude Barbin, 1670, in-8° (le Recueil, ibid., y revient p. 457, 458, 463).

[52] Port-Royal insolite, p. 467.

[53] Sur l’Oraison de la reine d’Angleterre, voir ci-dessus la n. 43.

[54] Selon une suggestion d’Eugène Griselle, Revue Bossuet, 1905, p. 109, n. 1, ce M. Barré pourrait être le neveu d’Étienne Barré, curé de Saint-Merri († 1663). Barré le jeune, docteur en 1654, fut radié de la Faculté de théologie pour avoir soutenu Antoine Arnauld en 1656.

[55] Port-Royal insolite, p. 518-519. Voir aussi plus bas le texte [13].

[56] Octave de Périgny, né en 1625, auteur du livret des Plaisirs de l’Isle enchantée de Jean-Baptiste Lully (1664), est lecteur du roi depuis 1663 et précepteur du Dauphin depuis le 9 septembre 1666, meurt le 1er septembre 1670. Il est remplacé par Bossuet. Selon M. de La Valterie, ancien jésuite, Port-Royal insolite, p. 516, Périgny « se conduisait par le père Briest » (il s’agit de Philippe Briest (1600-1668, professeur au collège de Clermont, « géographe de grande valeur », écrit Jacques Le Brun, dans « Pierre Lallemant et les débuts de l’Académie Lamoignon », Revue d’histoire littéraire de la France, 1961, p. 171-172).

[57] Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier (1610-1690), est gouverneur du Dauphin depuis 1668.

[58] Louis de France (1661-1711), fils de Louis XIV (1638-1715) et de Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683).

[59] Louis-Armand Ier, prince de Conti 1661-1685), et François-Louis de Bourbon (1664-1709, sont les deux fils d’Armand de Bourbon, prince de Conti (1629-1666), et d’Anne-Marie Martinozzi (1637-1672), et les cousins du Dauphin ; ils ont, comme précepteur, le port-royaliste Claude Lancelot, jusqu’à la mort de leur mère.

[60] Port-Royal insolite, p. 556.

[61] Bossuet a été nommé évêque de Condom le 13 septembre 1669 et sacré le 21 septembre 1670.

[62] Jules Mascaron (1634-1703), oratorien, fait l’objet de plusieurs jugements favorables dans le Recueil, Port-Royal insolite, p. 255, 261. Le 5 janvier 1671, il est nommé évêque de Tulle (ibid., p. 581), d’où il est transféré à Agen en 1679, et où il mourra.

[63] Sébastien Le Nain de Tillemont (1637-1698) et Pierre Thomas du Fossé (1634-1698) sont deux anciens élèves des Petites Écoles de Port-Royal : ils s’y sont liés avec Antoine Le Maistre (1608-1658), avocat retiré à Port-Royal des Champs, protecteur du jeune Jean Racine (1639-1699), condisciple de Tillemont et de P. Thomas du Fossé. Ils se consacrent à des travaux historiques et bibliques. En 1670, ils demeurent à Paris, et dès 1671, Tillemont va habiter à Saint-Lambert près de Port-Royal des Champs. Quant à Thomas du Fossé, de 1669 à sa mort, il vit à Paris, mais voyage beaucoup, écrivant des vies de saints et ses Mémoires à partir de 1697.

[64] Denis Lombert, d’abord contrôleur des décimes au diocèse de Chartres après son père († 1623), puis conseiller notaire et secrétaire du roi en 1657, se marie avec Marguerite Barbier († 1630), puis, en 1632, avec Geneviève Lindo († 1645), dont il a cinq enfants : Jean, Pierre, Geneviève, Madeleine, Marguerite. À partir de 1671, il demeure dans une maison de la rue du faubourg Saint-Jacques, près de Saint-Magloire, où il meurt le 9 mai 1689. Voir plus haut la n. 48.

[65] Guillaume du Plessis-Gesté de La Brunetière (1630-1702) fait ses premières études chez les jésuites de La Flèche. Docteur du collège de Navarre (1656), il succès à son oncle Guy Lasnier, le 4 mai 1657, comme archidiacre de Brie, au diocèse de Paris. Vicaire général de l’archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, en 1661, il est chargé de rencontrer les religieuses de Port-Royal en 1664. Chanoine en 1670, il est, à Saint-Thomas du Louvre, le commensal de Bossuet, qui le soutient pour un évêché. L’évêché de Tulle lui échappe, car il est donné le 5 janvier 1671 à l’oratorien Jules Mascaron. La Brunetière reste vicaire général de Péréfixe, et attend 1676 pour devenir évêque de Saintes : nommé le 12 août, il est sacré le 30 novembre 1677, et meurt dans sa ville épiscopale le 2 mai 1702 ; voir plus bas le texte [14].

[66] Hardouin de Péréfixe de Beaumont (1606-1er janvier 1671), ancien précepteur de Louis XIV, fut nommé évêque de Rodez en 1649, puis archevêque de Paris en 1662.

[67] Port-Royal insolite, p. 603-605.

[68] Indication provenant de Mathieu Feydeau, Mémoires, op. cit., p. 117. Voir ce que le Recueil rapporte de Louis Touret, Port-Royal insolite, p. 482 (propos sans doute de F. Dirois).

[69] Le nom de L. Touret est encore cité, p. 527 : il est associé à celui de Gilbert de Choiseul, évêque de Comminges, à propos de Paul Pellisson, qui s’est converti, entre les mains de ce dernier, à Chartres, le 8 octobre 1670 : « Comme M. de Tournay et M. Touret le portaient à imprimer les motifs de sa conversion : il répondit qu’il est difficile, dans cette vie, quand on écrit, de se défendre de ses sentiments, de l’humanité. » Voir enfin p. 624 : L. Touret juge Étienne Le Camus, Nicolas Colbert, évêque de Luçon et le théologien Jacques de Sainte-Beuve.

[70] Le Recueil revient sur son Comte de Gabalis plus bas, voir Port-Royal insolite, p. 630-631.

[71] Jean-Baptiste Colbert (1619-1683, contrôleur général des finances de 1665 à sa mort, secrétaire d’État de la maison du Roi et secrétaire d’État à la marine (1669-1683). Son nom revient à une douzaine de reprises dans le Recueil.

[72] César d’Estrées (1628-1714), fils du maréchal d’Estrées et neveu de la fameuse Angélique, abbesse de Maubuisson, et de Gabrielle d’Estrées, maîtresse du roi Henri IV, est nommé évêque de Laon en 1653 et sacré en 1655. Protecteur du théologien Jean de Launoy, avec qui il s’est lié au collège de Navarre, et de François Dirois, qui deviendra son théologien attitré, il se montre l’un des habiles négociateurs de la Paix de l’Église en 1668. Créé cardinal en 1671, il démissionne de son siège épiscopal en 1681 et meurt abbé de Saint-Germain-des-Prés.

[73] Nicolas de Montfaucon de Villars (1635-1673) est l’auteur de deux lettres contre Racine et contre Corneille : la première contre la Bérénice de Racine, qui fut jouée pour la première fois le 21 novembre 1670, fut publiée au début de janvier 1671 (avec un privilège du 31 décembre 1670) ; la seconde contre Tite et Bérénice de Corneille, jouée pour la première fois le 28 novembre 1670, suivit de peu la première lettre. Les remarques sur Villars, Racine et Corneille permettent de confirmer la date de la composition originale du Recueil de choses diverses.

[74] Auteur de tragédies, de comédies et de livrets d’opéras à succès, Philippe Quinault (1635-1685, ne fait l’objet d’aucune autre remarque dans le Recueil de choses diverses.

[75] Jacques Rohault (1608-1672) est l’auteur d’un Traité de physique en 1671.

[76] Le terme de ‟cartiste”, pour ‟cartésien”, se retrouve plusieurs fois dans le Recueil de choses diverses. Le Dictionnaire de Richelet note dans son édition de 1695 que ‟cartésisme” et ‟cartésianisme » se disent l’un et l’autre ; au XVIIe siècle, on emploie aussi ‟descartésiens” et ‟descartistes”.

[77] Jacques Davy du Perron (1556-1616), né d’un père protestant, se convertit au catholicisme, devient prêtre et évêque d’Évreux en 1591, cardinal en 1604, archevêque de Sens en 1606. Le Perroniana, sive excerpta exore cardinalis Perronii par F.F.P.P. [les frères Pierre et Jacques Dupuy], parut à Genève, apud P. Columesium, 1667, in-8°.

[78] Théodose-Emmanuel de La Tour, duc d’Albret (1643-1725), cardinal de Bouillon (1670), neveu de Turenne, eut René Le Sauvage comme précepteur. Il sera grand aumônier de France en décembre 1671, et évêque d’Ostie en 1700, après l’avoir été d’Albano, puis de Porto et Sainte-Rufine. Il meurt à Rome doyen du Sacré-Collège.

[79] René Le Sauvage (1628-1677), originaire de Granville, docteur de Sorbonne en 1658, membre de la Compagnie du Saint-Sacrement (1657), reçut du cardinal de Bouillon l’abbaye de Saint-Pierre-de-Beaulieu au diocèse de Limoges. Nommé évêque de Lavaur en 1673, il fut sacré l’année suivante.

[80] Michel Le Tellier (1603-1685), père de Louvois et de Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims.

[81] Port-Royal insolite, p. 625-626.

[82] Œuvres, Paris-Lausanne, 1775, t. I, p. 686.

[83] Guillaume du Plessis-Gesté de La Brunetière (voir texte plus haut [12]).

[84] Hardouin de Beaumont de Péréfixe meurt le 1er janvier 1671 ; l’archevêque de Rouen François de Harlay de Champvallon lui succède le lendemain.

[85] Les trois examinateurs des ordinands sont alors Nicolas Porcher, Adrien Le Vaillant et Adrien-Auguste de Bussy de Lamet. Le premier est docteur de Sorbonne depuis 1634, ami et collaborateur de Jacques de Sainte-Beuve et de Port-Royal : il sera vice-chancelier et futur official de Paris ; il finit en 1656 par signer la censure d’Antoine Arnauld, tout en le regrettant plus tard ; il continuera à passer pour un partisan des jansénistes. Le deuxième, le Normand Adrien Le Vaillant, docteur de Navarre en 1634, l’un des approbateurs de la Théologie familière de l’abbé de Saint-Cyran en 1639, lié très tôt avec Port-Royal ; après avoir été théologal de Reims, il est curé de Saint-Christophe à Paris, après Thomas Fortin ; il s’opposa à la condamnation d’Antoine Arnauld en 1656. Quant au troisième, Adrien-Auguste de Bussy de Lamet (1621-1691), docteur en 1650, il est considéré par l’entourage de Colbert comme un « esprit délié, pénétrant, secret, savant » et favorable aux thèses gallicanes ; il sera l’un des approbateurs des Réflexions morales de Pasquier Quesnel (1687), et auteur, avec Germain Fromageau, d’un Dictionnaire des cas de conscience (1733). Quant au quatrième examinateur, dont le nom est cité par Arnauld, il s’agit de Thomas Fortin (1620 ?-1680), docteur de Sorbonne, principal, puis proviseur du collège d’Harcourt, tout acquis à Port-Royal ; voisin et ami de Pascal, il passera toute sa vie dans le collège où il avait fait ses études et dont il devient proviseur le 12 février 1665, après avoir démissionné de sa charge de curé de la paroisse Saint-Christophe-en-la- Cité.

[86] C’est là une des rares remarques personnelles de l’auteur du manuscrit original qui ait été reprise par le copiste du Recueil de choses diverses, à moins qu’il ne s’agisse de la transcription d’un jugement de l’auteur des lignes précédentes, Louis Touret.


Pour citer l'article :

Jean Lesaulnier, « Bossuet et Port-Royal, Le témoignage du Recueil de choses diverses ».
Publications électroniques de Port-Royal, Série 2017, section des Articles.

URL: http://melancholia.fr/biblio/?Bossuet-et-Port-Royal-Le.html


Publications électroniques de Port-Royal,
Série 2017

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